CHAPITRE XX
depuis longtemps la contrée, je recueillis de sa bouche une foule de faits intéressants. Ainsi, j'appris que les Indiens de la rivière Tchilkat, dont le territoire est situé au sud-ouest de l'Amérique russe, sur le cinquante-neuvième degré de latitude nord, se rendent en quinze ou vingt jours au fort Selkirk. Le fait m'a été confirmé depuis mon retour en Europe par le capitaine Dodd, commandant du Beuver, que le gouvernement britannique avait chargé de relever les côtes de la Colombie anglaise, Aucun Européen n'a encore, que je sache, visité le bassin de la rivière Tchilkat; c'était par l'intermédiaire des indigènes que M. Campbell, commandant du fort Selkirk, communiquait avec le Beaver, mouillé alors dans le canal de Lynn. L’amiral Collinson, pendant le voyage qu'il fit à bord de l'Entreprise, pour aller à la recherche de Franklin, vit une carte fort curieuse grossièrement tracée par les naturels. D’après ce document, une rivière appelée Tchilkat débouche dans le bras occidental du canal de Lynn; les naturels la remontent dans toute sa longueur, puis ils se rendent par terre au lac qui donne naissance à la Lewis, et ils descendent ce cours d’eau jusqu’à son confluent avec l’Youkon. Le voyage de retour, pendant lequel il faut presque toujours lutter contre le courant, exige près de deux mois.
Grâce aux nombreuses voies fluviales du pays, les différentes tribus ont les unes avec les autres des relations fréquentes ; les Indiens de la rivière Porcupine, ceux-là mêmes qui viennent vendre leurs fourrures au fort Youkon, communiquent par le Mackenzie avec les naturels de la côte septentrionale, Le journal de l’amiral Collinson renferme le passage suivant, daté de la baie de Camden, le 24 juillet 1854 : « Le retard que nous avions éprouvé fut en somme une circonstance très-heureuse, car il permit à nos amis de l'ile Baxter (les Esquimaux) de nous faire une nouvelle visite. Cette fois, ils amenaient avec eux plusieurs étrangers, dont le chef nous remit un billet ainsi conçu : « Les feuilles im-
« primées confiées, le 25 avril 1854, aux Indiens de la rivière « Rat (ou Porcupine) par les officiers du Plover, sont arrivées « deux mois plus tard, le 27 juin, au fort Youkon. établisse-
« ment de la Compagnie de la Baie d'Hudson, situé sur les
« frontières de l’Amérique russe. » Les indigènes de la Porcupine se rendent chaque année sur les côtes de la mer Glaciale pour trafiquer avec les Esquimaux; ce sont, paraît-il, des hommes doux et inoffensifs, toujours prêts à rendre aux blancs les services dont ils sont capables.
Le traîneau en usage au fort Youkon, ainsi que dans les autres postes de la Compagnie anglaise, est le plus simple qui se puisse voir. Il se compose uniquement d’une planche de douze à quinze pieds de longueur, relevée à l’une de ses
extrémités en forme de proue. Des courroies empêchent la
courbure de se détendre, et quelques cordages retiennent les colis. Ce traîneau convient surtout lorsqu'il s’agit de voyager sur une neige qui n’a pas été durcie. Les raquettes dont on se sert dans les établissements anglais offrent aussi quelque différence avec celles des Russes, elles sont plus courtes et leur extrémité se termine en pointe.
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