CHAPITRE XXII
largeur et d'élévation. A la fin du mois, le fayer incandescent s’éteignit; l’île, poussée par une éruption sous-marine, continuait toujours à s'étendre. Le 1 juin 1814, un baidarre fut envoyé pour visiter la nouvelle terre. La violence des courants, les dangereux écueils qui bordaient la côte, rendent l'abordage très-dangereux; les explorateurs réussirent pourtant à débarquer ; ils trouvèrent le sol sillonné de précipices, et couvert de petites pierres que le volcan rejetait sans interruption. » En 1815, une seconde expédition releva ces mêmes parages ; l’île avait changé d'aspect ; elle s'était abaissée considérablement, les abîmes s'étaient refermés, toute trace de convulsion avait disparu.
Si le lecteur se rappelle ce que nous avons dit des Tchouktchis, et de l'étendue des transactions indigènes, s’il a présente à l'esprit la description que nous avons faite des tribus de l'Alaska septentrional, il lui sera facile de conclure que nos observations personnelles confirment les théories des voyageurs qui nous ont précédés dans ces régions.
Les savants sont maintenant d'accord sur l'origine asiatique des Esquimaux, même de ceux qui ont émigré jusqu’au Groënland ‘. Quant aux Tchouktchis, quiconque les a vus, ne mettra pas un moment en doute l'extraction mongole de leur race. Un enfant de cette tribu, emmené par le colonel Bulkley de Plover Bay à San Francisco, fut pris en affection par une dame bienfaisante qui le fit élever dans sa famille et habiller à l’européenne. Constamment on le prenait pour un Chinois. Deux de nos marins aléoutes donnaient souvent lieu à semblable méprise.
1. Voyez une étude de M. Markham, sur les Esquimaux du Groënland, publiée dans le Journal de la Société géographique de Londres, année 1865.
Le commerce qui se faitsirégulièrement chaque annéeentre les tribus par le détroit de Behring montre combien il est vraisemblable que des émigrants Tchouktchis aient établi des colonies sur les côtes septentrionales de l'Amérique. Des canots munis de voiles et capables de recevoir vingt personnes avec leurs bagages se rendent souvent de la Sibérie à l'Alaska. J'ai même vu des embercations d’une construction plus savaute, mais c'étaient probablement des innovations récentes empruntées aux Européens.
Bien des anecdotes, plus ou moins authentiques, circulent au sujet de ces marins indigènes. On raconte, entre autres choses, que les capitaines tchouktchis, fort soigneux de leur cargaison, emploient, pour conjurer les hasards de l'Océan, un genre d'assurance assez original, mais qui, je suppose, soulèverait plus d’une objection parmi nos matelots européens. Un baiïidarre rempli de marchandises traversait le détroit de Behring, lorsqu'il fut assailli par une tempête ; l’'embarcation surchargée allait périr. Que faire ? Jeter aux vagues la précieuse pacotille, le patron ne pouvait s’y résoudre. Il saisit l’un de ses hommes, puis un autre, et les précipita tous jusqu’au dernier dans la mer furieuse. Les complaisantes victimes se soumirent, dit-on, à leur sort avec une résignation toute orientale.
On me permettra de citer ici deux faits, d'une authenticité ncontestable, qui jettent une vive lumière sur l’origine des peuplades américaines. Vers l’année 1833, deux jonques japonaises accomplirent, bien contre leur gré cependant, des voyages fort remarquables. L'une poussée par les vents contraires dans la direction de la côte nord-ouest du Pacifique, vint échouer sur le cap Flattery, non loin de l’île Vancouver. Les privations et la maladie avaient considérablement réduit l'équipage; les hommes qui restaient ressemblaient à des squelettes; ils réussirent pourtant, malgré leur faiblesse, à gagner la terre, mais ce fut pour trouver sous la main des indigènes une mort plus affreuse encore. Deux seulement
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