CHAPITRE XXII
tion qu’en faisant à la foule de fréquentes distributions de vivres ; ils sont souvent plus mal vètus et plus mal nourris que les moindres habitants de leur village. La générosité parmi eux, est la règle, non l'exception. Ils ne permettront pas qu'une femme ou un enfant souffre du froid et de la faim, tant qu'ils auront à leur donner des aliments et des habits.
Le chaman, prêtre-exorciseur, docteur des Tchouktchis, et des tribus de l'Alaska septentrional ressemble d'une manière frappante à l’Andgeckok des Groënlandais, qui possède des pouvoirs semblables, inspire également le respect ou la crainte. Les missionnaires se flattent d’avoir anéanti dans les possessions danoises du nord de l'Amérique la puissance de cette espèce de sorcier, et les apparences justifient leur illusion, mais tout Européen, qui ne cherche pas à s’aveugler sur l’état véritable du pays, sait que la superstition est loin d’être détruite ; les indigènes tiennent des conciliabules nocturnes dont ils éloignent soigneusement les étrangers, etdont les pratiques demeurent enveloppées d'un profond mystère. Pourquoi tant de précautions, si ce n’est pour abriter des rites qu’on n'ose plus accomplir au grand jour? L'Andgekok exerce dans ces réunions son office traditionnel; il exorcise les possédés, chasse les maladies, conjure la pluie et la tempête.
Les Esquimaux avaient coutume d’enterrer les morts sous un monceau de pierres, mais, depuis la domination danoise, ils ont adopté les usages des Européens. On ne trouve trace d'aucune pratique semblable ni sur les côtes du golfe de Norton, ni à Port-Clarence, ni sur les bords de l’Youkon; la raison en est simple; des conditions différentes ont dù faire adopter un mode différent de sépulture. Les pierres sont rares dans la plus grande partie de l'Amérique russe, et le sol, gelé en toutes saisons à quelques pouces de profondeur, rend l’inhumation presque impossible; les peuples de l'Alaska septentrional ont, dans cet embarras, imaginé les cercueils aériens dont nous avons parlé.