‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 149 sur 196 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

EXPLORATIONS DE LA COMPAGNIE DU TÉLÉGRAPHE SUR LES CÔTES D'ASIE

Arrivée du major Abasa à Petropaulovski. — Explorations dans le Kamtchatka, — Voyage d'Ukhotok à Ghidjega. — Nikolaievsk. — Excursions à dos de renne, — Les Tongouses. — Ayan. — Okhotsk. Les Tchouktchis. — Anadyrsk.

Notre expédition ne devait pas se borner à explorer l'Alaska et les côtes de la mer de Behring; plusieurs de ses membres tirent, en Asie, des voyages fort intéressants que je ne puis me résoudre à passer sous silence, quoique je n'aie aucun droit à les raconter dans tous leurs détails. Je me bornerai à en indiquer les résultats principaux, d’après les renseigne : ments recueillis de la bouche des explorateurs eux-mêmes.

Le major Abasa, officier russe d'un caractère énergique, d'un esprit cultivé, qui a fait aux États-Unis de longs et fréquents voyages, avait, en 1865, été nommé chef des expéditions que la Compagnie télégraphique devait accomplir en Asie. Le 8 août de La mème année, il arrivait à Petropaulovski, accompagné de MM. Kennon, Mahood et Bush. Ces deux derniers reçurent immédiatement l’ordre de se rendre par mer au fleuve Amour, pendant que le major, M. Kennon

et . troisième employé se préparèrent à partir pour Ghidjega ou Ghidjinsk, bourgade située dans la partie septentrionale de la mer d’Ochotsk. Ils devaient prendre la voie de terre et suivre les côtes du Kamtchatka.

Le major quitta Pétropaulovski le 25 août. La chaleur était extrême; on n’apercevait plus sur les basses terres aucune trace de neige. Les voyageurs longèrent la rive orientale de la péninsule jusqu’au village de Scharen, où passe la rivière Kamtchatka, tortueux petit cours d’eau que j'ai déjà mentionné en parlant de Behring. La route qu’ils avaient prise traversait des plaines ondulées, couvertes de mousse, de gazon, de broussailles. Les bois, en effet, ne se trouvent que dans la partie septentrionale du pays. Le Kamtchatka offre cette particularité que plus on s’avance vers le nord, plus la végétation devient puissante. Ce fait s'explique rar la présence de volcans souterrains qui réchauffent le sol et communiquent à la végétation une vigueur qu’elle n'a pas d’ordinaire sous cette latitude. On a voulu profiter de cette circonstance pour essayer de cultiver le blé, mais il a fallu y renoncer, le grain germait avant le temps, et sa floraison était compromise. En hiver, la neige qui se trouve en contact immédiat avec le sol, ne prend jamais de consistance; elle fond même quelquefois, tandis qu’à un pied au-dessus, elle présente la dureté de la pierre. Cette neige, ainsi minée, s’affaisse souvent quand les voyageurs y mettent le pied, et à chaque instant ils se trouvent comme pris dans des piéges.

Après avoir remonté un certain temps le cours de la Kamtchatka, les explorateurs se dirigèrent à l’ouest, vers le village de Tidjil, sur la côte de la mer d’Okhotsk. Ici la petite troupe rencontra plus d'obstacles. Le pays est semé de rochers qui alternent avec des marécages couverts, même en cette saison , de neige à demi-fondue; les petits chevaux sibériens au pied sûr, aux muscles puissants, qui portaient les bagages avaient grand peine à gravir les blocs abrupts à se tirer des bourbiers profonds. Quant aux voyageurs, tantôt

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