‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 150 sur 196 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

ils tombaient dans des fondrières, tantôt ils étaient entraînés par les torrents qu’ils essayaient de traverser à gué, ou bien encore ils glissaient sur les rocs polis et se meurtrissaient les genoux. Enfin, ils atteignirent Tidgil, après avoir fait, au milieu de difficultés sans cesse renaissantes, un trajet de douze cents verstes (trois cents lieues).

De ce village, le major Abasa écrivit à l’Zspravnik (gouverneur civil) de Ghidjega, pour lui demander de donner aux habitants de sa juridiction l’ordre ‘e prêter leur assistance aux membres de la Commission télégraphique. Le message fut envoyé à Sessnoi, le dernier village kamtchatdale qui se trouvât sur la route, et de là, porté d'une tribu à l’autre par les indigènes, jusqu'à ce qu'enfin il parvint à sa destination. Le major avait eu la précaution de faire savoir que tous les naturels qui aideraient à transmettre la missive, recevraient une généreuse récompense; aussi la lettre voyagea-t-elle avec une rapidité surprenante, et, grâce aux soins de l’ispravnik, les explorateurs trouvèrent partout l’aide dont ils avaient besoin.

La petite troupe continua de suivre la côte et arriva sans encombre à Sessnoi. Mais, sachant qu'à partir de ce point la route devient très-difficile, le major divisa ses forces ; il loua un baleinier, etse procura une barque de peau de renne, afin de gagner par mer Ghidjega, pendant que Kennon essayerait de se frayer un passage le long de la coce montagneuse. Ce plan ne réussit pas; la tempête obligea les embarcations à revenir au lieu d’où elles étaient parties, et en même temps des neiges nouvellement tombées rendaient la voie de terre impraticable. Force fut d'attendre que le froid eût soliditié cette couche épaisse et molle. Mais le mode de voyage devait alors changer; les explorateurs employérent les loisirs que leur faisait la mauvaise saison à confectionner des traineaux et des raquettes, à se procurer des bêtes de trait.

Ce ne fut qu’au prix de beaucoup de peines et de beaucoup d'argent qu'ils purent obtenir ce dernier article ; les Kamt-

chatdales se montrent fort avares de leurs chiens; le major se vit souvent refuser un attelage composé de dix de ces animaux, dont il offrait pourtant la somme exorbitante de 200 roubles d'argent (800 fr.).

Pendant son séjour à Sessnoi, Abasa eut avec les chefs koriaks et tchouktchis plusieurs entrevues intéressantes. On était à l’époque où les indigènes émigrent vers le sud, pour aller chasser la zibeline dans les plaines el les montagnes du Kamtchatka. Ils se réunissent en janvier au village de Tidgil, où ils échangent leurs fourrures contre le thé, le sucre, le café, la poudre, le plomp que leur apportent les trafiquants russes, Le mauvais temps les avait, comme nos Américains, retenus à Sessnoi, et des présents, distribués d’une façor judicieuse, les rendirent communicatifs. L'expédition recueilli de la sorte plusieurs renseignements utiles. Ainsi, les naturels conseillèrent au major de ne pas suivre la côte, mais d’inciiner légèrement vers l’est, et de prendre une route, peu connue des blancs, dont ils lui indiquèrent la direction. Tous les préparatifs étant terminés, les explorateurs quittérent Sessnoi le 20 octobre. Quatre jours de marche pénible à travers les montagnes les conduisirent à Bodkaguernava; la température descemdait c'aque nuit à 36 ou 40 cent. au-dessous de zéro, et le vent qui s’engouffrait dans les gorges étroites leur glaçait les membres. Bientôt la chaine s'abaissa, les voyaseurs virent s'étendre devant eux des p:: nes couvertes de mousse, des coteaux revètus d’un fouillis de broussuilles, du milieu desquelles s'élevait çà et à quelque tige rabougrie qui aspirait à la dignité d'arbre. La campagne avait un aspect désolé ; la végétation semblait croître à regret, le silence de la mort régnait partout. Cependant de nombreuses tribus de Koriaks, les unes sédentaires, les autres nomades, habitent le pays. Ces indigènes, d'origine semblable, sont loin d'avoir le même caractère: la vie errante a développé chez les uns les sentiments doux et hospitaliers ; les autres au contraire, ceux

qui ont des demeures fixes, sont méchants, avares, querel-

is; le major x de ces anirbitante de

les chefs kossantes. On le sud, pour s montagnes tu village de hé, le sucre, s trafiquants Américains, une façon juion recueillit si, les natula côte, mais 1e route, peu rection. Tous rs quittérent énible à trahava; la tem- . au-dessous brues étroites ssa, les VOYacouvertes de ussailles, du e rabougrie ait un aspect silence de la es tribus de +, habitent loin d'avoir z les uns les btraire, ceux res, querel-

Page 1