CHAPITRE XXIIL
Les Tongouses ont toujours refusé de faire connaître aux Russes les meilleures routes à suivre dans leur pays; lorsqu'ils ont à guider un Européen, ils se gardent de prendre les sentiers fréquentés par la tribu, et toutes les questions qu’on leur adresse à ce sujet n’obtiennent que des réponses évasives. Abasa réussit à nouer avec eux des relations amicales, mais il ne put les faire sortir de leur réserve. Les indigènes voyaient avec un extrème déplaisir l'établissement d'une ligne télégraphique qui, pensaient-ils, éloignerait le gibier de leur territoire; à cela le major répondait que ce Commage passager tournerait au contraire à leur profit, car ils pourraient se procurer des provisions de toutes sortes dans les postes que la Compagnie établirait parmi eux. Le mauvais vouloir des naturels ne se manifestait du reste que d'une façon tout à fait négative; ils se bornaient à n'aider en rien les constructeurs de la ligne.
Le 22 février 1866, Mahood et Bush, qui étaient partis pour le fleuve Amour, arrivèrent à Okhotsk après avoir accompli l'exploration dont ils étaient chargés. Ils avaient, à l’emboucirare de la rivière, visité la ville nouvelle de Nicolaïevsk, avec ses chantiers, ses fonderies, ses magasins, ses machines, et tous les accessoires abligés d’une station navale. Quant aux maisons, elles sont d’une simplicité primitive, la plupart sont faites de troncs d'arbres que souvent on ne se donne pas même la peine d’équarrir. Celles qui avoisinent le fleuve, quoique également construites en bois, sont plus régulières; les rues, larges d’abord, donnent de la ville l’idée la plus avantageuse, mais elles promettent plus qu’elles ne tiennent. La première partie est fort belle; la seconde, passable ; la troisième, pleine d'immondices; la quatrième, un vrai cloaque.
Le commandant des districts maritimes de la Sibérie orientale, M. Fulyhelm, avait donné à nos collègues toute lassistance qui était en son pouvoir; néanmoins leur voyage de l'Amour à Okhotsk avait été des plus pénibles, à raison de la
nature accidentée du terrain. Le capitaine Mahood, surtout eut beaucoup à souffrir: le service télégraphique exigeant
une route plus directe que celle qui est ordinairement suivie par les Russes, il dut se frayer un sentier à travers des districts inconnus, dans des régions déclarées inaccessibles par
les naturels eux-mêmes. Le gouverneur avait donné aux Tongouses, dont les premiers villages se trouvent à unetrentaine de lieues vers le nord, l’ordre de fournir des rennes à l'expédition. Vingt de ces animaux furent amenés au lac Orelle, non loin du fleuve Amour, où les explorateurs s’étaient rendus en quittant Nicolaïevsk. Douze bètes de somme suffirent pour les bagages, les autres servirent de montures aux voyageurs. C’est le renne qui dans ce pays remplace le cheval; un simple coussin sert de selle, il se metsur le garrot, car les reins ne sont pas assez forts pour porter le poids d’un homme. Comme on n'a jamais d’étrier, il est très-diflicile de se maintenir en équilibre, mclgré l'allure pacifique du coursier sibérien; un cavalier doit se résigner à faire bien des chutes avant d'avoir acquis l'expérience de ce mode d'équitation. Le renne est dirigé au moyen d’un licou et d'une seule guide. Le bât est toujours placé sur les épaules de l'animal qui porte ainsi des fardeaux de soïxante à cent livres. Un Tongouse, monté sur un renne, en conduit une file de dix à douze, attachés les uns à la suite des autres.
Entre l'Amour et l'Okhotsk, il n'existe pas et il n’y a jamais eu la moindre trace de route; les guides choisissent le chemin qui leur semble le meilleur. Les rennes sont aussi propres à traverser les lorèts où les montagnes que les vastes steppes stériles. Quand on rencontre des rivières, on les passe à gué sielles sont basses; dans des radeaux si elles ont trop de profondeur; on m'a pas à s'inquiéter des rennes, ils suivent à la nage. Leur entretien ne donne pas plus de souci. Les lichens dent ils aiment à se noummf croissent presque partout; de sorte qu'il suffit au voyageur de les laisser paître en liberté pendaæmt la muit. En hiver, la terre durcie par la
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