CHAPITRE XXIII
gelée offre une prise ferme aux pieds des montures; aussi les voyages sont-1ls beaucoup plus difficiles en été que pendant les froids.
J'ai eu entre les mains le journal du capitaine Mahood; il y est souvent question de rivières passées, de montagnes gravies, de forêts traversées, de tundras ou steppes stériles parcourues: plusieurs fois, cet oflicier vit sa marche arrêtée pendant de longs jours faute de pouvoir se procurer la quantité de rennes dont il avait besoin, ou bien encore ses guides désertaient, et il fallait aller fort loin pour s'en procurer d’autres.
Les explorateurs devaient passer par Ayau; la Compagnie russe américaine avait eu longtemps, dans cette localité, un poste pour le commerce des fourrures, mais elle s'était résolue à l’abandonner, les profits ne couvrant pas les frais occasionnés par l'entretien d'une station aussi lointaine. Un agent et un employé restaient seuls dans le fort; tous deux se montrèrent disposés à venir en aide aux ofliciers de l'expédition ; par leurs soins, le staroste de Nelkau fut averti de tenir prêts des hommes et des rennes pour conduire les voyageurs à Okhotsk.
2elte ville a bien perdu de son ancienne importance depuis la fondation de Nicolaïevsk, la meilleure station navale de la côte. On n'y compte pas aujourd'hui plus de cinq cents habitants, y compris les chiens, dont le nombre dépasse celui de la population bipède.
La troisième et dernière excursion entreprise par la commission télégraphique fut celle que MX" Mac Crea et Arnold accomplirent en 1865-1866. Chargés d explorer le bassin de PAnadyr jisqu'à Ghidjeg: et Anadyrsk, ils établirent un campement provisoire à l'embouchure du fleuve et s’occupèrent sans retard des préparatifs de leur voyage. Vers le 1" novembre, la neige avait pris assez de consistance pour qu'il fût possible d'employer les traineaux ; le capitaine Mac Crea s'était flatté de se mettre immédiatement en route, mais
lorsqu'il voulut acheter des rennes, une difficulté inattendue l’arrêta. Si les Tchouktchis consentent à tuer les rennes et à vendre leur chair, une singulière superstition les empêche d’en faire commerce tant qu'ils sont vivants; nos explorateurs ne purent réussir à s’en procurer un seul. Ils étaient donc fort embarrassés, quand un chef, dont ils avaient gagné l'amitié par des présents, leur proposa de les conduire au village d’Anadyrsk, où une partie de la tribu devait passer l'hiver. Après différents pourparlers, Mac Crea et Arnold furent présentés au chel des chefs, le Grand Daim, qui les invita gracieusement à se joindre aux Tchouktchis. Comme ils n'avaient aucun autre moyen de faire le voyage, ils acceptèrent l'offre; quelques jours plus tard, ils se mettaient en route avec leurs compagnons indigènes. La marche fut lente, — trois lieues au plus par jour, — car le temps a peu de valeur aux yeux des Tchouktchis ; ils ne comprennent mème pas qu’un homme puisse jamais se presser. On mit six semaines pour se rendre à la bourgade d'Anadyrsk, puis six semaines encore pour atteindre le campement du Grand Daim, en tout trois mois que Mac Crea et Arnold passèrent en compagnie des Tchouktchis. Ils furent bien traités par les indigènes, mais le genre de vie qu'ils étaient obligés de partager n'était pas très-confortable, ni la cuisine fort au goût de leurs palais européens.
Le nom d'Anadyrsk s'applique à deux grands villages situés à cinq lieues l’un de l’autre, et à trois autres plus petits qui se trouvent dans les environs; pour distinguer les deux bourgades principales, on ajoute à la première le nom Crepass (forteresse), et à la seconde, qui est plus haut sur le cours du fleuve, celui de Markova. Ce fut dans cette dernière localité que le capitaine Mac Crea rejoignit deux de ses collègues, qui,
ayant remonte directement le fleuve, étaient arrivés longtemps
avant lui au rendez-vous convenu. Au delà d’Anadyrsk, le pays se couvre de forèts épaisses.
On se rappelle que Kennon et Dodd devaient se dirige
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