CHAPITRE II
forèt, nous poussions de temps à autre de grands cris, car, malgré nos efforts, nous pouvions passer sans le voir près du malheureux; les arbres et les broussailles étaient si pressés qu'on n'apercevait rien à dix pas devant soi. Nous continuâmes pendant plusieurs jours notre battue, mais sans aucun résultat. Ce fut le hasard qui vint en aide à celui quenous cherchions si vainement. Sa course errante le ramena, sans
qu'il en eût conscience, vers le chemin tracé au milieu de la forêt; des chasseurs qui passaient le recueillirent. Depuis six
jours, il n’avait eu d’autre nourriture que des fruits sauvages,
| et l’on devine à quel état d’épuisement il était réduit. Il avait
entendu nos cris et le son de nos cors de chasse, mais il était “op faible pour y répondre. Se croyant ceudamné à mourir uans ce lieu, il avait fait son testament, et faute de papier,
| il l'avait tracé sur son inouchoir avec un crayon.
Peu de temps après, un voyageur attaché comme moi à la cominission du télégraphe russo-américain, M. Buttler, disparut pendant plus de quinze jours. Nous chassions le daim près du haut Fraser, au nord de la Colombie anglaise. La poursuite du gibier entraîna loin de nous notre infortuné compa -
| gnon; il monta sur un arbre pour essayer de reconnaitre où
il se trouvait; mais la branche cassa, et il tomba d’une grande
! hauteur. Étourdi par la violence du choc, il demeura deux
jours étendu presque sans connaissänce sur le sol. Enfin,
| rassemblinl son courage, il réussit à gagner le bord de la rivière L..
+8 construisit un radeau avec quelques morceaux
de bois qui: aliacha tant bien que mal; mais il n'avait pas … assez de force juur le manœuvrer au milieu du cvurant ra- 0 pide du Fraser. Après bien des tentatives, il dut abandonner * le canot fait avec lant de peine. Il traversa la rivière à ie nage
N etse mit à longer ses bords; de la sorte, il ne risquait pas
de s’égarer, mais les buissons et les fourrés retardaient à
chaque instant sa marche. Épuisé de fatigue, se soutenant à
peine, 1 atteignit une petite clairière, où habitaient quelques “kite > AE l \ its … in , .
Chinv: , cer homunes le traitèrent avec bonté, lui firent par-
tager leurs misérables provisions, puis le conduisirent à « la ville », comme ils appelaient la chétive baraque construite au confluent de la Quesnelle. Pendant quinze jours entiers, le malheureux Butler n'avait vécu que de fougères, de racines et de baies. :
Avec un guide indigène, de pareils accidents ne sont pas à craindre. Mon excursion en compagnie de Tellot ne laissa pourtant pas d’être assez pénible; il nous fallait, pesamment chargés comme nous l'étions, car nous portions nousmêmes nos vivres et nos bagages, nous frayer un chemin au milieu de ia couche de neige, épaisse de plusieurs pieds, et amollie de, ensevelissait sous un blanc linceul le sol et les troncs d’ar. es renversés. Voyager dans de pareilles conditions est, on en conviendra, un plaisir fort problématique. Cependant nous continuâmes à marcher avec ardeur pendant tout le jour, en suivant les bords de la rivière Homathco. Vers le soir, nous arrivèmes au premier glacier; cette vue redoubla notre courage; bientôt après, nous apercevions de loin le « Grand Torrent » et les imposants pics de neige qui l'entourent.
Ce courant n'est pas le seul qui jaillisse du. seir. des montagnes d'Homathco; nous fümes obligés d'en passer à gué plusieurs qui se précipitaient sur les rocs avec une fureur telle que, sans le poids de cinquante livres dont j'étais chargé, j'aurais été, je crois, entrainé facilement.
Plusieurs Indiens nous avaient accompagnés; je ne fus pas fäché de les voir en cet endroit se séparer de nous et prendre un chemin différent le long des rives du fleuve; ils se rendaient au lac Tatla. Ils me demandèrent un polatch, c'est-àdire un cadeau; désireux de ne pas retarder leur départ, je m'empressai de leur distribuer du tabac, de la farine et autres menus présents. Je donnai à l’un des enfants une pièce de six pence, en lui expliquant, dans un chinouk passablement fantaisiste, quoique j'y eusse mis toute ma science, que l'image gravée sur cette monnaie représentait Victoria, Klout-
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