CHAPITRE IL
chman tyhi copa king George illi-he, c'est-à-dire, la femme chef de la terre du roi George, ainsi que les Peaux Rouges de ce pays appellent l'Angleterre. L'enfant me regarda d’un air émerveillé, puis, frappé d'une idée subite, il me fit entendre par une pantomime expressive qu'il allait suspendre à son nez la précieuse médaille,
Nous dressàmes nos tentes sur un plateau situé au-dessous du glacier, Le lendemain matin, 22 avril, après avoir pris un modeste repas et fumé une pipe, je laissai Tellot surveiller les piéges qu'il avait tendus près du campement, et je me dirigeai seul vers la montagne. J'avais une lieue à faire à travers la neige presque fondante; mais comme je ne courais pas risque de m'égarer, mon guide, en véritable ©'s du désert n'avait pas cru devoir m’accompagner jusque-là, p: éférant dé beaucoup son repos à toutes les splendeurs de la nature. La plaine était semée de bois mort et de pierres rondes, polies glissantes; çà et là, s’étendait une bande de sable; le Pat était recouvert d’une neige fine et molle, sur laquelle il était très-diflicile de tenir pied; aussi m'arriva-t-il plus d’une fois d'enfoncer jusqu'aux épaules dans des fentes de rochers, ou de tomber au milieu d'un ruisseau qui coulait sournoisement sous une couche de glace. Des courants larges et rapides,
: trop profonds pour être passés à gué, sillonnaient le sol ; des . RL | , . ?
} bois de pins et d'aulnes fermaient de tous cûlés cette vaste
| clairière.
A mesure que j'avançais, des craquements répétés, le déplacement des pierres annonçaient le voisinage immédiat du glacier. Le bruit et le mouvement étaient continuels. Tantôt une pluie de cailloux descendait des flancs de la montagne,
: tantôt de lourds galets se frayaient lentement un passage au AS DE e milieu des rochers; parfois c'était seulement une poignée de
sable qui se trouvait entraînée par les eaux; mais toujours
E on voyait quelque chose s’agiter: cette froide nature semblait prendre vie. La glace revêtait presque partout l'apparence
d'un roc grisâtre, tant les années avaient accumulé à sa sur
face de poussière et de boue. On ne pouvait cependant se méprendre sur la nature véritable de ces masses énormes; car de profondes crevasses montraient par endroits leur éclatante blancheur, des franges de stalactites pendaient capricieusement à chaque bloc. Le glacier avait à sa base environ un quart de lieue, mais il s’élargissait considérablement par le haut. Pendant que je m'arrêtais pour en prendre une esquisse, le silence solennel qui enveloppait les montagnes rendait plus sensible le mouvement des glaces. Rochers et cailloux se précipitèrent un moment avec une si grande violence qu'ils auraient pu écraser un observateur trop absorbé par la contemplation de ce magnifique spectacle. La neige couvrait le glacier, mais elle fondait rapidement et formait des ruisseaux qui étincelaient au soleil; enfin, des fentes caverneuses qui séparaient les blocs, jaillissaient des torrents, limpides comme le cristal. Une extrême chaleur imprimait au travail des eaux un redoublement d’activité. Au loin, les derniers rayons du jour doraient les pics majestueux dont les neiges alimentent le glacier.
Les moraines placées à la base formaient des pyramides ou des îles entre lesquelles couraient de larges ruisseaux; quelques-unes projetaient leurs masses de cailloux sur le plateau, à trois ou quatre cents mètres en avant des autres roches. Le glacier touchait en certains endroits à la verte forêt de pins; sa surface était semée de galets, les moraines latérales et médianes étaient fortement accusées. Çà et là, un jeune arbre, détaché sans doute du bord d’un ravin, ou né sur une roche flottante, s’acheminait, debout encore, vers l'abime qui devait l'engloutir. Partout s’ouvraient de béantes crevasses ; d’autres s'étaient refermées, et les blocs qu’elles avaient brisés ou rejetés dans ce mouvement gisaient encore à la surface. Les glaces prenaient à l’ouest les formes les plus fantastiques: dôme, tourelle, pyramide, aiguille, etc.
Les montagnes qui fermaient l'horizon s'élèvent à une grande hauteur; le sommet de l’une d'elles est légèrement
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