‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 163 sur 196 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Les habitants demandent à leurs clergymen un esprit !ibéral, une haute culture intellectuelle et un véritable talent oratoire. Les membres des différentes communions vivent ensemble dans une paix profonde; on rencontre des catholiques chez les méthodistes, des épiscopaliens chez les baptistes, tous paraissent les meilleurs amis du monde. Une autre particularité curieuse, c’est la liberté avec laquelle on s'exprime sur le compte des pasteurs dans les familles et dans la presse Un auteur américain, dont j'ai le livre sous les yeux, parle des débuts du ministre d'une congrégation preshytérienne, comme il pourrait le faire s’il s'agissait d'un acteur qui ait nouvellement paru sur la scène , et il ajoute « que le révérend D' songe moins à soigner son éloquence qu'à rechercher les maisons où l’on donne de bons dîners. » Le seul reproche que l’on puisse adresser aux prédicateurs de la Californie, et l'on serait en droit de l’étendre à ceux de l'Union américaine tout entière, c'est de mèler trop souvent la politique à la religion, fait étrange dans un pays où l’Église est complétement séparée de l'État.

L'emplacement de Golden City (la ville d’or) a été choisi à cause de l'excellent port que la côte offre en cet endroit. L'avantage d'une telle position est immense, mais c'est à peu près le seul titre par lequel se recommande San Francisco. La ville est bâtie sur le sable ; en quelque lieu qu'on se rende, on est pris aux yeux et à la gorge par une poussière fine et pénétrante; le sable apparaît dans les enclos qui attendent les constructions , il se montre le long des rues populeuses dont on répare les trottoirs de pierre ou d’asphalte; aussi San Francisco, malgré tous les soins de ses habitants, peut à bon droit figurer parmi les plus poudreuses cités du globe. Les voies principales ont eté nivelées, mais les faubourgs grimpent capricieusement sur les flancs des collines, sans qu’on ait pris la moindre précaution pour adoucir la pente. Il semble même qu'on ait voulu rendre l’ascensica plus laborieuse; les rues des quartiers éloignés sont pavées en bois,

de sorte qu'il est diflicile de ne pas glisser surtout par la pluie. Dans certains quartiers les maisons paraissent mal affermies sur leurs bases, et l’on ne peut s'empêcher de songer sans épouvante aux terribles ravages qu'un tremblement de terre ferait au milieu d’édifices si peu stables. Les ha bitants s'efforcent d'adoucir les pentes des rues, mais pendant cette transformation il arrive souvent que d'anciennes constructions restent suspendues à cinquante ou cent pieds audessus de la nouvelle voie; les propriétaires dont antérieurement les portes étaient au niveau de la chaussée doivent maintenant gravir une série d’escaliers en zigzag pour rentrer chez eux. ï Cet exercice produit d'excellents effets sur les jambes des colons; nulle part les mollets des enfants ne sont mieux développés. Comme les dames de San Francisco ne poussent pas la pruderie aussi loin que leurs sœurs de la Nouvelle- Angleterre, et qu’elles ne cachent pas sous des housses les pieds des pianos et des tables, j'ai cru pouvoir un jour hasarder cette remarque devant mon hôtesse, qui n'y a répondu que par un sourire.

Puisque j'ai prononcé tout à l’heure le mot de tremble-

ment de terre, je dirai que San Francisco a été plusieurs fois ‘’alarmé par des secousses qui, en maint endroit, ont lézardé les murailles et jeté bas les cheminées. Le 21 octobre 1868, un grand nombre de maisons et d’édifices ont été fortement endommagés. Je dois ajouter que le plus grand nombre de ces constructions se trouvaient à l’une des extrémités de lu ville, sur des terrains exhaussés à l’aide de décombres ou de sables, et par conséquent peu propres à des fondations solides. Du reste, on n’a pas eu beaucoup de morts à déplorer. Les terribles tremblements de terre du Pérou sont présents à l'esprit de tous. Mais la violence des désordres souterrains sur les côtes occidentales paraît décroître à mesure que l’o: s'avance vers le nord. J'ai vérifié ce fait en Californie, sur l’île Vancouver et dans l’Amérique russe.

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