CHAPITRE XXV
Des secousses se sont fait sentir presque simultanément à San Francisco, dans l'Orégon, dans la Colombie anglaise etaux iles Sandwich. En 1865, au moment mème où la Californie était consternée par le plus violeut tremblement de terre qu'elle eût jamais éprouvé, l’un des deux pics du mont Baker, situé sur le territoire de Washington, s'écroula en partie, etle volcan vomit des torrents de vapeur et de fumée. M. Colman, de Victoria (Vancouver), l’un des plus vaillants champions du Club Alpestre, de Londres, a fait d'une façon très-brillante, au mois d'août de l’année dernière, l'ascension de ce sommet presque inaccessible, Accompagné de MM. Tennant, Ogilvy et Stratton, il partit de Whatcom, dans le territoire de Washington, et remonta en canot les rivières Lummi et Nootsac, sur une longueur de vingt-cinq lieues; il tit ensuite six lieues environ à travers les forèts inextricables qui s'étendent à la base de la montagne. Quand il fut arrivé à la limite des neiges, les guides indigènes refusèrent d'aller plus loin; l’intrépide explorateur dut continuer sans eux l’excursion. D'après ses calculs, le Baker a une hauteur de onze mille quatre cent neuf pieds, le cratère est large de trois cents pieds environ.
Malgré les craintes que les tremblements de terre ont causées aux habitants de San Francisco, le prix des immeubles, déjà très-élevé, tend à monter encore. Il en résulte une excessive cherté des loyers; en outre, les dépenses de tenue de maison étant considérables, en raison de la difficulté que l’on éprouve à se faire servir, un grand nombre de familles de la classe moyenne se sont décidées à vivre à l'hôtel. II faut ètre très-riche pour se donner le luxe de demeurer chez soi; mais comme les fortunes y sont considérables, cet état de choses n'empêche pas San Francisco d’ètre entouré de villas, de cottages, de magnitiques résidences et de narcs splendides. À mesure que la ville prolonge et embellit ses voies principales les maisons de planches qui les déparaient encore sont transportées à l'extrémité des faubourgs sur des chariots larges et
bas que traînent quinze à vingt chevaux. Ce déménagement n’empèche pas la famille d'occuper le logis, et, tandis que l'habitation mobile traverse les rues, on voit la fumée en sortir par un tuyau de poële ou une cheminée de cuisine. Meubles et tapis restent à leur place habituelle, on change de quartier sans changer de domicile. La baraque ambulante d’un marchand forain attire plus en Angleterre l'attention des curieux que cette maison roulante ne le fait en Californie. C'est du reste un spectacle auquel sont accoutumés les habitants de toutes les villes de l'Ouest; souvent le chalet doit parcourir un trajet fort long; dans l'intervalle des étapes, il est déposé pour la nuit sur une place ou au coin d’une rue. Pendant les premiers jours de la colonisation, presque tout San Francisco était construit en bois; des incendies dévastaient fréquemment la ville, et des mains criminelles venant encore accroître le mal, la ville fut trois fois presque totalement détruite. Aujourd'hui encore, les faubourgs ne renferment guère que des habitations de planches, aussi les pompiers jouent-ils un rôle considérable ; leurs appareils, peints de vives couleurs, incrustés de plaques de cuivre et d'argent, se distinguent entre tous ceux des cités américaines qui, cependant, sont remarquables par leur luxe et leur perfection. Les compagnies de pompiers que nous avons en Europe ne peuvent donner aucune idée de celles que San Francisco avait à l’origine. Les trois quarts des habitants, à commencer par les plus notables, s'étaient volontairement enrèlés pour combattre le fléau des incendies; on tenait à honneur de faire partie de ces associations, ceux qui les commandaient devenaient des personnages. Mais à mesure que la ville s’étendit, ces corps si honorablement composés dégénérèrent, des aventuriers y furent admis, et des rivalités, des luttes incessantes se produisirent. Souvent il arriva que deux compagnies, se rencontrant devant une maison livrée aux flammes, combattirent l'une contre l’autre à coups de revolvers et de couteaux, plus empressées de vider leur querelle que d’éteindre le feu.
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