‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 166 sur 196 · CHAPITRE XXYL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYL

L'ÉMIGRATION EN CALIFORNIE

Anciens préjugés des Américains contre la Californie, — Lignes de paquebots. — Etendue des terres à concéder, — Salaires, — Table des températures, — Vignobles, — lducation. — Écoles. — Place-

ment des capitaux.

Nul de ceux qui ont visité la Californie ne contestera qu’il soit désirable d’y vivre; cependant, les Américains ont longtemps mis en doute la valeur dece beau pays. Une des feuilles les plus accréditées de San Francisco le constatait l'année dernière en ces termes : « La plupart des mineurs qui, de 1849 à 1855, revinrent habite: les États de l'Est, après s'être enrichis dans les gisements aurilères, dépeignirent la Californie comme un désert stérile en hiver, inondé par les pluies en été, brûlé par le soleil, et tout à fait impropre à là culture. Cette opinion était alors à peu près générale, il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisqu'on n'avait pas encore essayé de cultiver le sol.

« Ce fut en 1854 que nos premières pêches parurent sur le marché ; mais l’homme qui, à cette époque, aurait osé prédire que nos fruits ne tarderaient pas à l'emporter sur tous ceux des États de l'Ouest et que nos raisins seraient sans rivaux

dans le monde entier, cet homme-là, dis-je, eût couru grand risque de passer pour un fou. Il y a quatre ans, nous étions encore obligés de faire venir du dehors de grandes quantités de farine, de lard, de saindoux, de beurre, de fèves, etc. On reconnaissait quil serait avantageux de produire toutes ces deurées, mais on croyait que notre sol s’y refusait absolument. Les hommes s'arrachent avec peine à l'influcnce des premières impressions, ils se dépouillent difficilement de leurs préjugés. Le paradis lui-même, s’il se présentait aux yeux des Esquimaux revêtu du manteau de verdure et des guir- ’andes de fleurs qui cuarmèrent le Dante, recevrait un médiocre accueil; l’habitant du pôle lui reprocherait de ne pas connaître les longues nuits, les banquises, les déserts de glace et de neige. L'absence totale de pluie depuis mai jusqu'à novembre déconcertait complétement le fermier de l'Ouest qui ne croyait pas pouvoir, dans de telles circonstances, faire croître son grain, son chanvre et ses légumes. C'est ce qui explique comment la Californie a été si défavorablement jugée pendant les dix premières .nnées qui suivirent la découverte des mines. »

Tout est bien changé aujourd'hui. Quand je quittai le pays en novembre dernier (1867), plusieurs lignes de steamers rattachaient San Francisco à New-York : deux paquebots, /a Malle et l'Opposition, suivaient la voie de Panama, un troisième prenait par le Nicaragua. Il y avait en outre un service régulier de diligences à travers le continent; enfin, on poursuivait avec l’ardeur que chacun sait l'achèvement du Pacific Railway. Malgré les avantages offerts aux émigrants, la population totale de la Californie, de l'Orégon, de la Névada et du territoire de Washington ne dépasse guère un million d'âmes. Ces colons, formant à peine le tiers de la population de Londres, sont disséminés sur des territoires plus grands que l'Allemagne entière qui nourrit soixante millions d'âmes.

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