‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 168 sur 196 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

réunir, elles formeraient un village, ou une compagnie, se partageraient la terre et se prèteraient une mutuelle assistance. Ce système coopératif donnerait, nous en sommes convaincus, les meilleurs résultats. »

Une autre question qui n’intéresse pas moins les émigrants, c'est celle du travail. Les termes dans lesquels le maire de San Francisco expose la situation du pays sous ce rapport, me semblent si explicites, si exempts de toute exagération, que je crois devoir les rapporter textuellement :

« Nous appelons de tous nos vœux les émigrants, mais loin de nous la pensée de vouloir tromper personne. Il est superflu de répéter que la culture de notre sol et l'exploitation de nos mines peuvent occuper des millions de bras; une seule chose présente quelque difticulté, c’est de pourvoir aux besoins des nouveaux arrivants, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un travail qui leur convienne. Beaucoup de personnes s'imaginent n'avoir qu'à se rendre aux districts miniers pour faire une ample récolte d’or; elles se bercent de la flatteuse espérance de revenir, dès qu'elles auront mis la main sur un riche filon, jouir dans leur pays d'une fortune rapidement acquise. Que les émigrants se gardent d'illusions semt'ables, s'ils ne veulent faire fausse route. Les mineurs seuls, et Les mineurs expérimentés, peuvent exploiter avec succès les mines californiennes.

« Quand, il y a vingt ans, on découvrit nos premiers gisements aurifères, des étrangers de toutes conditions accoururent et la plupart s'enrichirent. Il en fut ainsi pendant plusieurs années, mais aujourd’hui les Chinois font concurrence au travail des blancs. Enrôlés en compagnies, que dirigent des chefs habiles, ils savent exploiter les mines d’une manière admirable; ils sont laborieux, se contentent de faibles salaires, et peuvent glaner de quoi vivre, mème dans les sables qui ont déjà fait la fortune des premiers chercheurs d’or. On ne trouve maintenant presque plus de minerai à fleur de terre, il faut creuser, quelquefois à des

centaines de pieds pour atteindre des filons abondants. Le métal se rencontre dans les blocs de quartz; des escouades d'ouvriers se relayent toutes les huit heures, de sorte que le travail n'est jamais interrompu. Pour exécuter cette rude tâche, le mineur reçoit quatre dollars par jour; mais tout se paye fort cher dans le voisinage; le moindre tavernier exige huit ou dix dollars par semaine pour la table et le logement.

« Le Pacific Railroad emploie aussi beaucoup de Chinois; ces émigrants accomplissent, sous la direction de contre-maitres américains, les travaux de mécanique ou de terrassement ; pour la modeste paye d’un dollar par jour, ils taillent le roc, posent les rails, élèvent les viaducs. Les blancs seraient mieux traités; on leur offre la nourriture en plus du salaire, mais ils refusent de telles conditions. Il n’est pas en Californie d’ouvrier qui gagne moins d’un dollar et demi ou deux par jour; et nous ne parlons pas des artisans habiles, des charpentiers, des maçons, des serruriers, des mécaniciens, des fondeurs, des cordonniers, des tailleurs, etc.; ce genre de main-d'œuvre se paye de trois à cinq dollars dans toutes les villes du Pacifique. Quant aux gens qu'une éducation prétendue libérale à détournés de tout travail sérieux, qui croient pouvoir gagner beaucoup en faisant peu de chose, nous ne leur conseillons pas de venir ici; nous avons déjà trop de ces inutiles.

«On demandera peut-être quelle classe d'hommes est particulièrement capable de réussir en Californie. A cette question la réponse est fort simple. Toute espèce d'émigrants, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, trouveront à s’employer avantageusement, pourvu qu'ils aient la ferme résolution de travailler.

« Les ouvriers que nous employons ici gagnent deux fois plus que ceux de New-York, quatre fois plus que ceux de l'Angleterre ou de l'Allemagne. L'alimentation est moins chère qu'on ne serait porté à le croire; la farine de froment coûte moitié moins qu’à Liverpool; le thé, le sucre, le café sont aux

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