CHAPITRE Il
recourbé en forme de corne, d'énormes rochers noirs se détachent sur le fond lumineux des neiges et des glaces.
Après avoir passé la journée entière à observer ces curieux phénomènes, je revins fort tard dans la soirée à mon campement, où je retrouvai Tellot. Il m’accueillit avec un sourire qui signifiait clairement qu’à son avis c'était folie pure de prendre tant de peines pour aller voir de la neige et des pierres. Cependant il eut la condescendance d'examiner mes dessins avec un certain intérêt.
Nous rejoignimes le campement où nous avions laissé M. Waddington et les ouvriers qui construisaient la route; j'y passai quelques heures, puis je me dirigeai vers la côte, m'amusant à esquisser les points de vue qui s'offraient à moi le long du chemin.
A la station du Bac, je profitai d’un train de marchandises qui retournait au détroit de Bute; mais je m'en séparai au bout de deux jours pour visiter un second glacier situé à quatre lieues environ de la côte. L'accès n’en était pas trèsdifficile, si ce n'est qu'une multitude de ruisseaux coupaient. le passage et qu’il me fallut en franchir à gué une douzaine. Souvent le bois amoncelé sur la barre de quelque cours d’eau me permettait de traverser sans me mouiller beaucoup; mais le torrent principal m’opposa une barrière infranchissable, il était si impétueux qu'il avait emporté un pont fort solide, construit à l'endroit où la route croise la rivière.
La glace, et l’eau qui en découlait, avaient une pureté qui ajoutait grandement à la beauté de la scène. Les montagnes que l'on aperçoit à l'arrière-plan ne sont pas très-hautes, leurs sommets arrondis présentent un aspect moins sauvage que les pics de la mer de Glace, mais les pentes des collines sont plus escarpées et la blancheur éclatante deleurs versants a quelque chose de magique. Des troncs d'arbres, apportés sans doute par les eaux pendant le débordement des rivières, jonchaient le plateau qui conduit au glacier. Les pierres, assez petites, laissaient voir de vastes espaces de sable.
Comme un canot devait le jour suivant partir du canal de Bute!, et qu’il commençait à se faire tard, je dus, non sans regret, me résigner à reprendre ma route, après avoir esquissé 4 rapidement le glacier. Fi
1. Un mémoire lu à la Société géographique de Londres, pendant la session de 1866, propose de prendre la passe de Bute pour point de départ d’une ligne qui, moitié par eau, moitié par terre, relierait au Pacifique l'océan Atlantique De: au moyen d’une voie ferrée.
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