UNE TRAGÉDIE DANS LES GLACIERS
Nouvelles sinistres. — Un voyage en canot sur l'océan Pacifique. — Le détroit de Dodd. — Une île en feu. — Le massacre de Bute. — Lugubres détails donnés par les survivants. — Second massacre. — Émotion de la colonie. — On poursuit les meurtriers. — L'Indien de convention et l'Indien réel. — Extinction de la race rouge. — Plan pour civiliser les sauvages. — La mission de Metlakahtla.
J'arrivai fort tard dans la soirée à la station située à l’embouchure de la rivière ; aussi, après avoir à la hâte pris un léger repas, je m’enveloppai de mes couvertures et m’endormis profondément. Le lendemain, le jour venait à peine de se lever, j'étais encore plongé dans le sommeil quand une troupe d’Indiens, amis des colons établis en ce lieu, se précipita dans ma chambre avec de grands cris. Réveillé en sursaut, je fus d'abord quelques instants sans pouvoir deviner la cause de ce vacarme ; enfin, à travers leurs paroles sans suite, mêlées d’exclamations bruyantes, je compris que l'Européen de garde près du bac, à trente milles au-dessus de l’endroit où nous nous trouvions, avait été assassiné par des Peaux Rouges auxquels il avait refusé d'abandonner les vivres et les outils confiés à ses soins.
Nous ne fimes que rire de ce récit, tant il nous parut in-
vraisemblable. En effet, nous savions que l'homme en question, M. S., habitait à peu de distance du lieu où les ouvriers qui construisaient la route étaient occupés à établir des ponts, à faire sauter des quartiers de roche, à niveler le sol, etc. Des communications constantes existaient entre eux et la station du bac, qui leur servait de dépôt; en outre, un convoi de marchandises passait régulièrement chaque semaine, et nous ne doutions pas que le gardien ne füt, ainsi que les ouvriers, bien pourvu d'armes à feu. Les assertions de nos Indiens nous trouvèrent donc fort incrédules.
M. Waddington m'avait remis plusieurs dépèches importantes, qu'il voulait faire parvenir promptement à Victoria. Ce jour même, 30 avril, je m'embarquaien compagnie de deux ouvriers et d'un Indien Clayouche, à qui appartenait le canot sur lequel nous allions affronter la mer. Cei homme, en sa qualité de patron, se croyait le droit d'agir d'une façon tout à fait tyrannique. Il nous fit ramer pendant trois jours, depuis l'aube jusqu’à la nuit. Malgré l'apparence fragile de ces embarcations construites en bois de cèdre et que l’on appelle kanims, nous traversâmes sans accident le détroit, puis le golfe de Géorgie, jusqu'à Manaimo, dans l'ile de Vancouver; là, une bonne brise vint aider à la manœuvre, et notre canot fit avec la légèreté de l’hirondelle le reste du voyage.
Les Indiens de la côte ont un procédé assez ingénieux pour transporter d'un village à l’autre leur attirail domestique. Ils disposent parallèlement deux pirogues, qu'ils maintiennent à une petite distance l’une de l’autre ; le tout est joint par des planches, et ils placent sur cette espèce de pont leurs fétiches, leurs appareils de chasse et de pêche, leur poisson séché, en un mot toute la richesse de la famille. Un seul homme assis dans l’un des canots suflit à diriger les deux barques, d'autant plus qu’une petile voile ajoute la force du vent à celle du rameur.
C'est par un temps calme une chosedélicieuse de s'étendre au fond d’une pirogue, pour sommeiller ou fumer, tandis que
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