CHAPITRE III
Donald, pour se rendre au fort Alexandria, près ,du fleuve Fraser. Quarante-deux mules, dont vingt-huit étaient chargées de vivres et de vêtements destinés aux mineurs du Caribou, portaient des marchandises évaluées ensemble à quatre ou cinq mille dollars. Le train était arrivé déjà au lac Nancoutioum, à vingt-cinq lieues de la rivière Bentinck, lorsqu'il fut attaqué par une troupe de Tchilicotes et de Tatlas, parmi lesquels se trouvaient deux des meurtriers de Bute. L'un des hommes de l’escorte avait épousé la fille d’un indigène, jeune Indienne qui faisait également partie du convoi. Ayant appris le complot formé par les gens de sa tribu, elle vint avertir les Européens, qui, d’après les renseignements qu’elle leur donnu sur le nombre des agresseurs, jugèrent prudent de rebrousser chemin. Mais les Peaux Rouges ne leur en laissèrent pas le temps ; ils fondirent sur eux, armés de fusils et de tomahawks. Deux hommes tombèrent, mortellement blessés; le cheval de Mac-Donald fut tué sous lui; il monta sur un autre qui, au même instant, reçut un coup de feu et l'entraîna dans sa chute. Décidé à vendre chèrement sa vie, il se traîna derrière un arbre d’où il tira sur les Indiens et en abattit plusieurs; mais, assailli de toutes part, il ne tarda pas à succomber. Presque toute l’escorte périt sous les coups des Peaux Rouges; un seul homme échappa sans blessure, quoique son cheval eüt été tué. Il se cacha au milieu d’épaisses broussailles qui se trouvaient à peu de distance, et demeura quatre jours dans les bois, n’ayant pour toute nourriture que des baies sauvages, Car il n’osait, de crainte de rencontrer les Indiens, se rapprocher du sentier. Un autre, qui avait reçu plusieurs coups de feu, se traîna vers un ranch ! situé près de la source du Bentinck; il se précipita dans la maison, couvert de sang, et raconta le massacre aux habitants terrifiés. A cette nouvelle, la famille réunit précipitamment ce qu'elle avait de
| 1. Nom que l’on donne en Amérique aux demeures solitaires des pionniers; il vient de l'espagnol rancho.
plus précieux, se munit d'armes et de poudre, puis se rendit avec le blessé au bord de la rivière, où tous s’embarquèrent dans un canot. Il était temps. A peine avaient-ils donné le premier coup de rame que les Peaux Rouges apparaissaient sur le rivage. Par bonheur, avides de piller la maison, ils ne cherchèrent pas à poursuivre les fugitifs, qui arrivèrent bientôt en lieu de sûreté.
Ces événements produisirent à Victoria une émotion profonde; beaucoup de colons avaient des parents ou des amis qui vivaient dans des habitations isolées au milieu des bois, et qui pouvaient être victimes de semblables attaques. Chacun déplorait la fin lamentable de M. Waddington et regardait sa mort comme une calamité publique. Il méritait bien les regrets donnés à sa mémoire, car c'était à ses frais, et dans le but d'activer la colonisation, qu’il avait entrepris la route dont il conduisait les travaux avec une rare habileté. En de pareilles circonstances, le gouverneur devait prendre des
.mesures énergiques. Un corps de soldats de marine, renforcé
par des volontaires enrôlés dans le voisinage, fut envoyé pour venger les victimes; des Indiens, chez qui iles carnages de Bute et de Bentinck avaient excité une généreuse indignation, se joignirent aux Européens. Plusieurs compagnies partirent, les unes de la côte, les autres de l’intérieur, pour cerner les coupables; le gouverneur dirigea lui-même les recherches; mais la nature du sol montueux et couvert de forêts opposait aux soldats d’insurmontables difficultés; une partie seulement des Indiens qui avaient trempé dans les massacres furent arrêtés par les troupes, encore leur capture coùta-t-elle la vie à l’un des officiers les plus éminents de la compagnie de la Baie d'Hudson, le capitaine Mac-Lean. Les Peaux Rouges furent peu après jugés en bonne forme, et pendus. Parmi eux se trouvait le vieux Tellot, qui m'avait servi de guide pendant mon excursion au Grand Glacier.
Mais, demandera sans doute le lecteur, quels motifs avaient
, pu pousser les indigènes à commettre de pareils crimes? La
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