‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 26 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'INTÉRIEUR DE L'ILE VANCOUVER

L'expédition s'organise. — La civière Cowitchan. — Le village de Somenos. — Kakalatza et son chapeau, — Récits de la veillée. — Variante indienne du livre de Jonas. — Le lac Cowitchan, — Mésaventures nautiques. — Excentricités de notre radeau. — Campement de Brown. — Prise de possession d'une barque indigène,

Les voyages dans l'intérieur de l’île Vancouver ne varient ouère que par des nuances plus ou moins accusées de monotonie, en sorte que le récit de trois semaines d'impressions est aussi bon, sinon meilleur, que les détails de six mois. Cette observation ne m'empêche pas de mettre au nombre des heures les plus douces de ma vie quelques-unes de celles que j'ai passées en ce lieu. Quand un homme peut se soumettre joyeusement à un régime digne des anachorètes, se contenter de fèves qu’en Europe on voudrait à peine donner aux chevaux; quand il regarde le thé comme la meilleure et la plus rafraîchissante des boissons, c'est un signe évident qu'il a une santé robuste, un bon sommeil, et que le fardeau de l'existence lui semble léger. Tels nous étions pendant ce voyage pédestre où nous portions sur le dos des charges de quatre-vingts à cent livres, cheminant, le soleil au cœur, le rire aux lèvres, à travers un pays raboteux dont toutes les

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rivières sont des torrents, les bois, des jungles, dont le climat est si humide que les couvertures qui nous servaient de lit se trouvaient chaque soir trempées comme si elles eussent été plongées dans l'eau.

Peu de colons avaient encore pénétré à trois lieues au delà des établissements de la côte orientale; le capitaine Richards, actuellement hydrographe de la marine, le capitaine Mayne, MM. Pemberton et Pearce avaient bien, il est vrai, fait d'intéressantes excursions dans l'intérieur, mais leurs explorations étaient peu connues. La prospérité de Victoria reposant sur les mines de la Colombie anglaise, les regards de la population étaient bien plutôt fixés sur le continent que sur son propre territoire. Ce fut seulement au printemps de 1864 que les colons s’avisèrent de l’anomalie d’une situation pareille et voulurent connaître l’île qu’ils habitaient. En conséquence, une expédition, organisée par les citoyens, encoura- | gée par le gouverneur, partit de Victoria au commencement |

de l'été. Un naturaliste, M. Robert Brown, d'Édimbourg, avait été choisi pour chef; M. P. Leech, ingénieur de l’État, faisait l'office d’astronome, et mon humble personne était attachée à l'exploration en qualité d'artiste. Nous étions au nombre de neuf', sans compter les Indiens; chacun de nous avait sa tâche spéciale; quelques-uns étaient mineurs de profession, d'autres naturalistes ou chasseurs: l'ile de Vancouver n'avait pas à rougir de ses représentants.

Le 7 juin, après une allocution chaleureuse du gouverneur Kennedy, qui le premier avait conçu le projet de l'expédition, nous montâmes à bord du Grappler, bâtiment canonnier avec lequel nous devions nous rendre à la colonie de Cowitchan, située sur la côte orientale de Vancouver, à douze lieues de

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1. Outre les personnes ci-dessus nommées, nous avions parmi nous M John 108 Buttle, aide naturaliste, MM. Barnston, Mac-Donald, Lewis, Meade et Foley, rib pionniers et mineurs, enfin deux métis, Thomas Antoine et Lazare de Buscay,

Plus tard, Foley se sépara de l'expédition, mais il fut remplacé par MM. Drew et Hooper.

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