‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 29 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans sa gorge avec précaution, et profitant d’un instant où la gueule était entr'ouverte, il en sortit juste à temps pour éviter le choc des mâchoires, qui claquaient avec un bruit formidable; quelques minutes plus tard, le monstre marin expirait. » Ce brillant exploit n'était qu’un des nombreux épisodes de l’interminable histoire dont nous régala notre compagnon. :

Le Cowitchan a une longueur d'environ quinze lieues, mais il existe une route beaucoup plus courte qui conduit par terre au grand lac où il prend sa source. En plusieurs endroits, cette rivière traverse des cañons, petites gorges rocheuses, où l’eau, frappant contre des rochers, bouillonne et forme des rapides. Des sites charmants, qui tous ont reçu des indigènes des noms pittoresques, bordent ses rives solitaires. Un frais bocage, où se trouve une hutte abandonnée, est appelé saatham (verte feuillée); une prairie au milieu des bois qualis (le champ plein de chaud soleil).

Le 15 juin, la forêt nous apparut plus épaisse, les arbres plus grands, le sol plus riche; évidemment nous approchions du lac; ce jour-là même, nous campämes près de ses eaux calmes. À peu de distance s'élevait un cèdre qui avait dix mètres et demi de circonférence. Les bois de construction ou d’ébénisterie n’ont pas été encore exploités, faute de moyens de transport, car les rivières ont en général un courstortueux, et elles sont obstruées par des amas de bois. Une seule industrie serait aujourd’hui praticable dans l’intérieur de ces forêts, c'est l'exploitation de la térébenthine; cependant il ne semble pas qu’on y ait songé. Les bois de l’Orégon, composés des mêmes essences, fournissent en quantité considérable cet utile produit, qui donne lieu à un commerce d'exportation considérable.

Le lac Cowitchan, nappe d’eau fort belle et fort paisible, s'appelle Kaatza en langue indigène; la longue péninsule qui s'étend à son extrémité, s’élargit à sa pointe et forme un tertre couvert de gazon, a reçu le nom de Kanalze, « l'île amar-

rée au rivage, » Un cours d'eau fort large et plusieurs ruisseaux viennent se jeter dans cette petite mer intérieure.

Après avoir fait ensemble diverses explorations, nous nous partageñmes en deux troupes : l’une, sous la conduite de Leech, devait se rendre à Port San Juan par la ligne la plus courte; l’autre, qui se composait de Brown, de moi, et de quatre de nos compagnons, se dirigea vers la rivière \itlinaht.

Kakalatza ne nous accompagnait pas dans cette excursion; nous dimes adieu au vieux chef et à son majestueux chapeau, puis, chargeant nos bagages sur nos épaules, nous nous engageñmes dans la forêt; bientôt, nous aperçümes un cours d'eau qui coulait vers l’ouest, et qui nous sembla être celui que nous cherchions. Nos provisions s'épuisaient, la famine était sur nos talons, nous fîimes diligence pour construire un radeau capable de nous conduire dans un en roit plus hospitalier. Le 26 juin, notre chef-d'œuvre nautique était terminé, nous le lançâmes sur la rivière. La descente fut assez douce, mais en certains endroits nous étions arrêtés par des bas-fonds. Alors nous quittions le batelet, toutes Les mains se mettaient à l’œuvre pour le soulever, le dégager des cailloux; de cette façon, nous franchimes heureusement plus d’un passage difficile. Mais voilà que le sourd grondement d'une chute retentit à nos oreilles; impossible de continuer notre voyage par eau, il faut reprendre la route de terre, Nous avions, par bonheur, été avertis à temps, car le saut était fort dangereux, et si nous nous y étions aventurés, il est douteux qu'un seul de nous eùt survécu pour raconter l'aventure. Nous reprimes nos bagages, et suivimes un chemin frayé par les indigènes ; à la tombée de la nuit, nous campâmes près d’une hutte abandonnée. Un canot de cèdre se trouvait sur la rive à peu de distance, nous nous mîmes à l’œuvre pour le calfater de notre mieux. Brown, qui avait recueilli une foule de renseignements topographiques et dressé une carte des routes de Vancouver, savait que la rivière Nittinaht forme à

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