CHAPITRE IV
sition était, à vrai dire, plus délicate que substantielle, car elle se composait uniquement de saumon mal cuit et de quelques baies.
Nous désespérions d'arriver ce jour-là au campement de Brown, quand le vent nous apporta la fumée d’un feu qui devait être à peu de distance. Jamais parfum ne caressa plus agréablement nos narines; quelques minutes plus tard, nous tournions un coude de la rivière, et nous apercevions nos amis installés sur un promontoire uni, d’abordage facile. D’après les difficultés qu’ils avaient éprouvées eux-mêmes à manœuvrer leur barque, ils furent surpris de nous voir si tôt; quant à Buttle et à Lewis, ils ne nous rejoignirent que le lendemain dans l'après-midi. Les malheureux s'étaient à leurs dépens convaincus que, dans un pays pareil, les chemins de traverse sont une illusion et un piége. Lorsqu'ils avaient reconnu leur faute, ils avaient essayé de construire un radeau, mais ils n'avaient pu parvenir à le diriger.
Près de là se trouvaient une hutte déserte et un canot dont Brown, comme il le dit dans son rapport, « prit possession au nom de Sa Très-Gracieuse Majesté la reine Victoria, et de son fidèle représentant, sir Arthur Edward Kennedy. » La barque n’était pourtant qu'une méchante pirogue avariée, dont il nous fallut boucher les trous avec des sacs et de la résine, avant de nous remettre en route.