CHAPITRE VI
mander si tôt ou tard le pavillon étoilé ne flottera pas sur le Canada et la Nouvelle-Bretagne. Quant à moi, mettant de côté l’amour-propre national, je déclare qu’un tel changement serait un incontestable bienfait pour ces colonies.
Libres des craintes d'invasion qui troublent périodiquement leur sécurité, fortes du sentiment de leur indépendance, elles atteindraient un degré de prospérité auquel nous ne saurions jamais les faire parvenir. L’Angleterre elle-même trouverait avantage à voir passer en d’autres mains des possessions qui sont pour elle une source de faiblesse et d’appauvrissement, et qui, devenues de riches États, ouvriraient à son commerce d'importants débouchés. Personne aujourd'hui ne met en doute que si l'Union Américaine füt restée colonie anglaise, elle aurait été loin d'acquérir le prodigieux développement dont nous sommes témoins; or, n'est-il pas clair comme le jour que nos transactions eussent été réduites dans une proportion égale ? Je suis profondément convaincu que les États- Unis sont appelés à étendre leur action vivifiante sur toute l'Amérique du Nord.
Les côtes de l’océan Pacifique ont été souvent visitées et décrites avec soin, mais peu de voyageurs ont poussé leurs recherches jusqu’à l'Alaska. Le plus ancien et le plus remarquable ouvrage qui ait été publié sur ces régions est celui où Muller raconte l’émouvante exploration de Behring. Le grand navigateur avait révélé l'Amérique russe; son nom, ainsi que celui de Tschirikoff, est inséparablement lié à celui des plages septentrionales du Pacifique. La voie était ouverte, le commerce ne tarda pas à la suivre; des marchands russes envoyèrent, d'Okhotsk et des ports voisins, des vaisseaux qui allérent trafiquer dans les îles Aléoutes, « Pendant dix ans, dit Coxe ?, de simples particuliers accomplirent à leurs frais et par leur propre initiative, des voyages de découvertes plus