‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 50 sur 196 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ment des Kaluches consiste en une simple couverture, au moins pendant l'été; en hiver, iis portent un costume moins flottant. Ils se noircissent fréquemment tout le visage, ou bien ils y tracent des bandes bleues et rouges. Une épingle d'os ou de métal est fixée à leur lèvre inférieure; c’est probablement l’insigne de l’âge mdr, car on ne voit pas les jeunes gens s’en parer.

Les indigènes paraissent plus avides de /ur niente que les sauvages ne le sont d'habitude; la trop grande libéralité de la nature envers leur pays a sans doute développé en eux la paresse : partout le saumon abonde, le chasseur se procure sans peine la chair du daim et de l'uurs; enfin la terre produit une quantité innombrable de baies excellentes. Ainsi favorisés, les habitants sont très-peu industrieux. Leurs canots ou kayaks sont bien inférieurs à ceux des sauvages du golfe de Norton et de la côte septentrionale.

Leurs tombes seules témoignent d’un certain sentiment arlistique; ce sont de petits cercueils ou plutôt des boîtes dans

Cercueil indien kaluche,

lesquelles on dépose les cendres des défunts; car l'usage invariable de la tribu est de brüler les morts. Sur l’un de ces coffrets funéraires, j'ai vu peintes nombre de figures auxquelles pendaient de longues tresses de cheveux, non pas reproduites par le pinceau, mais véritables. Chaque tête re-

présentait une des victimes tombées sous le tomahawk du guerrier. Tous les tombeaux son ornés de dessins et d’emblèmes.

Le gouverneur de Sitka était absent, mais les colons tinrent à honneur de le remplacer. Ils rivalisèrent d'empresse-

Cercueil indien kaluche.

ment pour nous faire accueil. L’hospitalité des Russes, qui est proverbiale, nous fut néanmoins quelque peu incommode en cette circonstance. La première phrase de leur langue qui se grava dans notre esprit fut Petnachit copla (quinze gouttes). Ces mots, d’une si modeste apparence, sont ordinairement employés pour désigner un plein verre de quelque liqueur brülante, depuis le cognac jusqu’au vodka, espèce de spiritueux qui produit sur tout le tube digestif l’agréable sensation d’un fer rouge : ce que les Californiens expriment d'une façon pittoresque en appelant chain lightning (foudre continue) cette diabolique boisson. Or, partout, et à tout propos, on nous en offrait des rasades; refuser, c'était insulter l'hôte; on juge de notre supplice. Quant au thé, j'épouvanterais le lecteur si je lui disais combien d'énormes jattes je dus avaler, non sans maudire mon sort. Dans tous les ménages, le classique samovar brillait à la place d'honneur et ver-

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