CHAPITRE VIIT
Départ de Sitka. — Oukamok. — Ounga. — Sur les brisants. — Volcans de la passe d'Ounimak. — Saint-Michel, passe de Norton, Alaska, — Sondages dans la mer de Behring. — Baie de Plover, Sibérie orientale. — Les Tchouktchis. — Tentes. — Canots. — Vigueur des indigènes. — Les enfants, — Nau-Koum. — Le corsaire Shenandoah. — Baie d'Avatcha.
Pendant notre séjour à Sitka, le colonel Bulkley, tout en recueillant de la Compagnie russe de précieux renseignements, organisa deux expéditions qui avaient pour but de reconnaître les fleuves Anadyr et Youkon. On mit le schooner Millon Badger à la disposition du lieutenant Mac-Crea, qui dirigeait la première exploration. Les membres de la seconde s'embarquèrent pour la plupart à bord du Golden Gate, bâtiment que nous appelions notre vaisseau amiral. Je fus invité à les accompagner, et je devins l'hôte du capitaine Scam mon.
Nous quittâmes le port de Sitka le 22 août. Toute la population de la ville, réunie sur les quais, nous accompagnait de ses vœux et de ses acclamations, témoignage de sympathie auquel nous répondîimes de notre mieux. Pendant quelques jours, nous allämes de conserve avec le steamer, ou pour
parler exactement, nous nous fimes touer par le Milton. Le 28, nous arrivâmes en vue des vertes collines et des abrupts rochers de l'île Oukamok; un tapis de gazon couvrait le sol, mais nulle part nous n'aperçûmes d'arbres. Le 29, nous longeâmes la péninsule d'’Aliaska, côte rocheuse, dentelée, couverte de pics neigeux; le lendemain, le cap Ivanoff se montrait à nous; du point éloigné où nous étions, il nous semblait complétement détaché de la terre ferme. Le soir nous jetâmes l'ancre à Zakharovskaia, baie de l'ile d'Ounga, où nous venions visiter une mine de houille dont on nous avait parlé à Sitka. Par malheur, ce n'était que du lignite de qualité fort médiocre, et le gîte paraissait peu abondant. On l'avait exploité déjà, sans doute pour alimenter les steamers de la Compagnie russo-américaine, mais l'expérience n'avait pas dù être fort satisfaisante. Le 31 août, nous poursuivimes notre route en compagnie du steamer,; la nuit suivante, notre haussière s'étant rompue, nous vimes le Hillon disparaître au milieu de l’épais brouillard quiobscurcissait l'atmosphère. Le matin suivant, j'étais tranquillement occupé, quand le fils de notre coramis aux vivres, jeune garçon étourdi et turbulent, à qui ie blond trop vif de sa chevelure avait fait donner le sobriquet de Brick top, « tête couleur de brique, » se précipita dans ma cabine en s’écriant que nous allions être jetés sur des ecueils et que le navire serait brisé. A cette nouvelle, Je m empressai de monter sur le pont; des rochers d'apparence fort menaçante se moutraiënt à quelques centaines de mètres du côté de triborä, formant un ressac d’une grande violence; les eaux en cet erircit mugissaient avec fureur et se couvraient d'écume. Le temps était fort sombre. la brume cependant nous permettait d'apercevoir distinctement l’imminence du danger. Le capitaine Scammon, secondé par ses officiers, manœuvra le vaisseau de manière à lui faire prendre le large, et nous passâmes sans accident, quoique le navire eût à supporter de formidables secousses. Nous étions alors près des côtes dangereuses de l’île Sanak ou Halibut
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