CHAPITRE VIII
curité quand on est parvenu à l’atteindre. Une longue pointe de terre l’abrite à son extrémité méridionale, et c'est chose très-frequente que d'y voir à l'ancre plusieurs baleiniers à la fois pendant la saison d'été. Le port se divise en deux bassins; l’un a reçu le nom d'Emma Harbour; quant à l’autre, nous en parlerons plus tard. Des rochers nus, et des montagnes à pic crevassées par l’action du froid, le protégent de trois côtés. D’innombrables variétés de lichens, des mousses de toutes nuances couvrent le sol; c'est à peu près la seule végétation que produise le pays, si l’on excepte un pâturage voisin d'Emma Harbour, où sont parqués des troupeaux de
‘es domestiques.
Un village tchouktchi groupe ses misérables huttes sur la langue de terre qui s’avance à l'extrémité méridionale de la baie. On trouve aux environs des vestiges d'habitations souterraines assez bien construites, mais la race qui les avait bâties a disparu depuis longtemps.
Quoique les demeures actuelles des indigènes paraissent fort grossières, recouvertes comme elles le sont de lambeaux disparates, peaux de morses, de phoques, de rennes, entremêlées de fragments de voiles donnés à ces pauvres gens par des baleinicrs, elles témoignent d’une industrie réelle, car sous cette enveloppe peu flatteuse à l'œil se trouve une charpente 17 4 baleine, disposés avec beaucoup d'art ct merveille ce eu :ssemblés, malgré la difficulté d’un tel travail. Les huttc: doivent être solides en effet pour résister aux intempéries. Ce village, étant situé sur le promontoire, est exposé à tous les vents ; l'hiver, les tempêtes y sont terribles. Le froid aussi est très-vif, et les indigènes ne peuvent faire de feu, car ils n'ont pas de bois. Des lampes, alimentées par la graisse de baleine, forment le seul chauffage connu dans le nays.
Les os es monstres marins servent quelquefois pour la charpent: :: canots; de chaque côté de l’embarcation se trouve une peau de phoque gonflée d'air, et destinée à faire
l'office de flotteur ; grâce à ces espèces de vessies, la frèle construction se maintient en équilibre. Les filets de pêche employés par les indigènes sont propres à prendre les plus gros poissons; ils se composent de minces lanières de peaux de morses.
Les Tchouktchis paraissent être une race énergique et robuste. Leur vigueur physique est extraordinaire; j'en ai vu
Canot en peaux de Tchouktchis.,
un qui portait une caisse de charpentier pesant deux cents livres, sans paraître fatigué le moins du monde. Presque tous ont l'humeur facile et gaie; ils se montrèrent, à la vérité, passablement avides, mais pas plus que ne le sont d'ordinaire les sauvages. Je dois même reconnaitre qu'ils nous rendirent des services réels pendant l’hivernage de 1866-67.
Les enfants sont enveloppés d'habits étroits d'une telle épaisseur que les infortunés marmots perdent toute forme humaine et ressemblent à des sacs ambulants ; leur costume a, du reste, l'avantage d’amortir les chutes ; ils peuvent tomber sans se faire aucun mal. Hommes et femmes portent des vêtements de peaux d’un bout de l’année à l’autre ; quelques élégants seuls se hasardent, pendant les chauds jours d'été,
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