CHAPITRE VIII
prendra que le fait mérite d’être cité, si l'on songe à la pas-
sion des indigènes pour les spiritueux.
Le Chippeway à qui l’on demanda un jour: « Connaissezvous le vrai Dieu, aimez-vous le Christ? » répondit avec une touchante franchise: « Ce que j'aime le mieux au monde, c'est le whiskey. » Un Tchouktchi, s’il voulait être sincère, ne tiendrait pas d'autre langage. Les trafiquants vendent aux indigènes un alcool de la pire espèce, qui dans son genre ne vaut guère mieux que le pétrole employé pour l'éclairage.
Les Peaux Rouges paraissaient assez bien comprendre l’objet du télégraphe ; sans doute, avant notre arrivée, des capitaines baleiniers leur en avaient donné quelque idée. Un indigène du nom d'Énoch nous expliquait à peu près ainsi le fonctionnement du système.
— Supposons une ligne de poteaux... Un Mélican (Américain) parlera ici à Plover Bay; tout de suile, ce qu’il aura dit sera répété de la même manière par un Melican de San Flancisco.
Obtiendrait-on de nos paysans une explication beaucoup plus claire?
Tout en étudiant le pays, surtout au point de vue de l'entreprise, nous nous tenions sans cesse sur nos gardes, car un corsaire, le Shenandoah, parcourait la mer de Behring, et nous nous attendions à le rencontrer. J'ai été témoin des ravages exercés par ce redoutable navire. Toute la côte était jonchée des débris de bâtiments qu’il avait brülés; les indigènes prolitant du désordre, s'étaient emparés aussi d’un grandnombre de bateaux que l’œuvre de destruction avait fait tomber entre leurs mains. Nous apprimes plus tard que le Shenandoah avait quitté ces parages à la fin de juin 1865, mais non sans avoir incendié plus detrente baleiniers américains. L'équipage de ces navires épargné par les pirates avait été ramené sain el sauf à San Francisco. D'autres navires avaient échappé à la ruine certaine qui les attendait au pillage et au feu, grâce à l'avertissement d'un Américain, capitaine d'un schooner
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anglais, le Robert Tawns. Aussi cet officier avait-il attiré sur lui-même la fureur du Shenandoah.
26 septembre. L'air devint vif et froid. La glace commença de s'étendre en mince couche sur la baie, de semer ses stalactiques sur les cordages et les canots du navire.
Le 29, par une bonne brise, nous mîmes à la voile pour Pétropaulovski.
Mais les jours suivants, nous n’eûmes que de légères brises ou des vents contraires, de sorte que nous ne pümes atteindre avant le 14 octobre la baie d'Avatcha. Enfin, nous aperçumes les grands volcans qui donnent à la péninsule du Kamtchatka une physionomie particulière. Dans la matinée du 15, nous pénétrions dans la baie, et nous jetions l’ancre, après avoir reçu la visite‘de plusieurs résidents étrangers.
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