CHAPITRE IX
avait été construit, mais nous ne pûmes en apercevoir même les ruines; un épais fouillis d'orties et de roseaux couvrait le sol, cachant les débris de la petite tour, s’il en existait encore quelque vestige.
La Compagnie russo-américaine avait établi des stations à Pétropaulovski et sur différents autres points du Kamtchatka, mais la concurrence du commerce privé l’obligea de les abandonner. La péninsule a été l'objet d’une exploitation si ardente que le trafic des fourrures est maintenant peu profitable. Une belle zibeline est estimée jusqu'à trente dollars, encore faut-il payer comptant; de plus, on est souvent obligé de faire des avances en nature aux chasseurs et aux marchands indigènes.
Pétropaulovski est le centre commercial du pays, mais Nijni-Kamchatka en est la capitale. Bolcheretsk, considérée autrefois comme une ville très-importante, a beaucoup perdu de son ancienne prospérité; ce n’est plus aujourd’hui qu'une bourgade insignifiante. Le climat n’est pourtant pas si rude qu'on le croit en général ; le colonel Bulkley le trouvait même préférable à celui du Canada et de quelques États de la Nouvelle-Angleterre, une agriculture intelligente pourrait certainement rendre la terre productive. On récolte du foin dans les champs qui entourent la ville, et les jardins fournissent quelques plantes potagères.
Je suis convaincu que le Kamtchatka offrirait, à qui aurait le loisir de l’observer en détail, un interessant sujet d’études ; les indigènes sont doux, bienveillants, presque civilisés; les officiers russes et les colons se montrent hospitaliers envers les voyageurs. Quant aux charmes alpestres du pays, on ne peuttrop les vanter; mais pour les apprécier dans toute leur plénitude, il faut avoir le pied montagnard. La péninsule renferme une chaîne volcanique d’un aspect grandiose; les pics du Klutchevskoi atteignent une hauteur de cinq mille mètres. Trois sommets fort élevés, le Koriatski, l’'Avatcha et le Koseläskai dominent la ville de Pétropaulovski; le pre-
mier, qui n’a pas moins de quatre mille mètres, indique de loin la baïe aux vaisseaux, et forme un point de reconnaissance très-utile sur ces côtes.
Du haut des collines escarpées qui entourent la ville, on jouit d’une vue magnifique; le panorama des montagnes se déroule aux regards; des plaines couvertes de hautes herbes et de broussailles, sillonnées de cours d’eau, s'étendent à ia base. L’abondance de la végétation et la multitude des rivières entravent beaucoup la marche; aussi conseillerai-je à l'explorateur de visiter le Kamtchatka plutôt en hiver qu’en été. Une quatrième montagne, celle de Yilutchinski, élève au sud-ouest de la ville son majestueux sommet; cet endroit est l’un des plus beaux points de vue de la côte. Mais, quoique les volcans donnent au paysage un aspect pittoresque, Pétropaulovskise passerait bien de ce voisinage ; de fréquents tremblements de terre ont jeté l'inquiétude parmi ses habitants, et des pluies de cendre ont inondé ses rues. Souvent nous voyions le Koriatski vomir des nuages de fumée; sa cime est couverte d’une couche de neige éclatante, au-dessous la lave bouillonne dans le cratère.
Le but de notre visite était de nous mettre, au moyen d'un courrier spécial, en communication avec l'un des membres de la Compagnie télégraphique, le major russe Abasa, qui avait établi un poste à Ghidjega, au nord-ouest du Kamtchatka. Il est en effet beaucoup plus facile de traverser la péninsule que de longer les côtes dangereuses de la mer d'Okhotsk, En hiver surtout, on voyage commodément dans des traîneaux attelés de chiens, de rennes, ou de chevaux de petite taille, d’une espèce particulière au pays. létropaulovski renferme des meutes nombreuses destinées à cet usage; chaque nuit, on les entend aboyer avec fureur ou pousser des hurlements plaintifs, ce qui, je dois le dire, n'ajoute pas à l'agrément de la ville, On a pourtant le soin de distribuer le soir à la gent canine sa pitance journalière, c'est-à-dire un saumon séché par tête, Les chiens du Kamt-
tcha et Koseldskaï dans le Kamtchatka.
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Les volcans Koriat
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