‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 59 sur 196 · CHAPITRE IX. lul · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. lul

chatka sont en cela beaucoup mieux traités que leurs cousins de la Compagnie russo-américaine, lesquels doivent pourvoir eux-mêmes à leur nourriture.

La générosité hospitalière dont nous étions l’objet de la part des habitants semblait n'avoir pas de bornes; diners, bals, soupers se succédaient sans interruption; des promenades nautiques furent organisées, nous en fimes une déiicieuse dans la baie d’Avatcha. Un des mets les plus estimés à Pétropaulovski, celui que l’on nous servait de préférence était un pâté de saumon. Ce poisson abonde dans le voisinage de la ville ; on le sale et on l’exporte par quantités considérables.

Nous fimes aussi, avant notre départ, une excursion en traineau. Il était tombé beaucoup de neige, la glace encombrait le port, il commençait à devenir difficile de naviguer près du rivage.

En 1855, pendant la guerre de Crimée, la flotte anglo-française se présenta devant Pétropaulovski. Les détails de cette visite furent rapportés par les journaux, ils donnèrent lieu à de nombreux commentaires, puis furent oubliés. Les personnes mêmes qui s’en souviennent encore ignorent généralement que l’année précédente avait eu lieu une première attaque dont notre marine n’a pas lieu d’être fière. La faible petite ville, perdue dans les solitudes du Pacifique, opposa une courageuse résistance et réussit à faire lever le siége aux alliés Elle fut elle-mème grandement surprise de sa victoire qui, encore aujourd’hui, lui inspire un orgueil extrème. Les habitants ne sont pas éloignés de mettre ce combat au nombre des plus mémorables faits d'armes de l’histoire et de comparer Pétropaulovski à Syracuse.

Ce n'est pas des Russes seulement que je tiens l'histoire de cet échec; tous les officiers de notre flotte en station dans les ports du Pacifique en avaient eu connaissance, mais le secret fut si bien gardé qu'il n’en transpira rien dans le public. Le fait cependant me fut confirmé par un Anglais,

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M. Fletcher, et par plusieurs marchands étrangers qui se trouvaient à Pétropaulovski au moment de l'attaque.

Voici comment les choses s'étaient passées. Le 28 août 1854, six vaisseaux de guerre appartenant à la flotte alliée, le Président, la Virago, la Pique, le Fort, l'Euridice et l'Obligado, arrivèrent en vue de la baie d’Avatcha. Aussitôt un canon russe, placé près du phare, avertit les habitants de Pétropaulovski du danger qui les menaçait. L’amiral Price fit reconnaitre le port, puis il dirigea les bouches à feu de {a Virago sur la ville, à une distance de 1800 mètres.

Les Russes n'étaient pas surpris à l’improviste : deux de leurs navires, l’Aurore et la Dwina, avaient été chargés de garder la baie, dont une chaîne fermait l’étroite entrée; on avait fait des travaux de fortification considérables et cinquante canons de gros calibre armaient les remparts.

L'action fut engagée par un feu bien nourri de la Virago, qui démonta plusieurs pièces russes. Une batterie avancée tomba entre les mains d'un détachement de soldats de murine, les bouches à feu furent enclouées, quatre vaisseaux de la flotte anglo-française foudroyaient la ville, mais les Russes ripostaient intrépidement. Vingt canons étaient installés sur le promontoire, les uns à la pointe occidentale, les autres près d’une gorge conduisant à la baie d’Avatcha; c’est au fond de cette vallée que se trouve le monument élevé à La Pérouse.

Les défenseurs de la place n'avaient, du reste, qu'à complé ter l’œuvre de la nature, car Pétropaulovski est de tous côtés admirablement protégée par les montagnes. Un seul point semblait vulnérable. Sur l’étroite bande de terre qui borde la baie, s'ouvre, non loin de la ville, une petite vallée que le commandant de la flotte jugea propre au débarquement des troupes.

Les vaisseaux alliés ayant fait taire les batteries qui plongeaient sur eux, 700 matelots ou soldats de marine, tant Anglais que Français, descendirent à terre ; ils étaient commandés par un grand nombre d'officiers et avaient pour guides

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