‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 60 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

deux Américains qui prétendaient connaître parfaitement les lieux. Comme ils comptaient sur une facile victoire, ils négligèrent de garder leurs rangs; mais au moment où ils s’élançaient pêle-mêle dans la direction de la ville, des Cosaques embusqués au milieu des buissons et des arbres firent feu sur eux et tuèrent presque tous les officiers. Privés de leurs chefs, frappés par des ennemis invisibles, les assaillants furent saisis d’une panique soudaine ; ils se dispersèrent de tous côtés dans une telle confusion que plusieurs furent atteints par les balles égarées de leurs camarades. La plupart s’enfuirent vers la montagne qui se trouve derrière la ville; mais poursuivis par les Russes, beaucoup se tuèrent en tombant du haut des rochers à pic.

Les habitants ne pouvaient croire à leur triomphe ; convaincus que l'ennemi allait revenir en force et qu'ils ne pourraient se défendre, ils se préparaient à évacuer la ville, quand la flotte leva l'ancre; ils n’en eurent plus de nouvelles cette année-là, L’amiral anglais ne survécut que peu de jours à cet échec, il n’avait cependant pas été atteint par les balles de l’ennemi.

Une seconde attaque eut lieu en mai 1855, mais les habitants ne l’attendirent pas; ils quittèrent Pétropaulovski, où il ne resta que les résidents étrangers. Dès les premiers jours du printemps, l’escadre russe avait reçu l’ordre de se frayer un passage à travers la glace et d'abandonner la ville à son sort, Le gouvernement de Saint-Pétersbourg avait renoncé à l'idée de la défendre, et peut-être eussions-nous mieux fait de ne pas nous acharner contre elle. La place avait trop peu d'importance pour qu’il y eût de la gloire à s’en emparer; de plus, elle était, depuis un siècle, renommée pour son hospitalité envers les voyageurs anglais. La guerre, on le voit, n'est pas toujours une chose fort noble.

1. Voir le Nautical Magazine d'octobre 1855. Les pertes subies par les Anglais dans cet engagement sont évaluées à 107 hommes tués ou blessés,

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La ville étant déserte, les alliés ne purent exercer leur valeur qu'en capturant un baleinier russe, et en incendiant quelques édifices publics. Personne, il est vrai, ne voulut accepter la responsabilité de ce dernier exploit; on prétendit que le feu avait pris accidentellement; peut-être avait-il été mis par quelque matelot ivre. Les batteries furent enclouées et les fortifications détruites.

Nous visitâmes le champ de bataille, qui était encore jon ché de débris d’obus et de bombes; un jour que nous prenions du sable pour lester le navire, nous découvrimes, enfouis sous le sol, plusieurs boulets de canon; le monument de La Pérouse conserve aussi des traces de l'attaque; les projectiles ont percé en maint endroit la tôle dont il est revêtu.

Le 31 octobre, je me rendis à bord du Wright pour rejoindre mes amis, et le 1° novembre la vapeur nous emporta loin de la baie d’Avatcha. A ce propos, pourquoi les géographes persistent-ils à écrire ces trois syllabes bien simples comme si elles formaient un mot dont la prononciation düt nous disloquer la mâchoire? Ils le présentent sous toutes les formes: Awatska, Awaischa, Awatcha, Avatska. Je sais par mes rapports avec beaucoup de Russes instruits que l'orthographe adoptée ici: Avatcha, reproduit le mot d'une manière phonétique. On sait qu’il est impossible de figurer le russe autrement.

Nous eûmes un assez mauvais temps pendant les quinze jours qui suivirent; le‘14, commença une tempête du S. E, qui fut marquée par une interminable série d'accidents. Le premier fut d’un genre tout à fait nouveau. Une corde casse, notre bout-dehors principal se balance suspendu et lance la cheminée de la machine par-dessus bord ; comme le temps était à la tempête, nous ne pûmes faire autre chose que de couper les chaînes qui la retenaient, et de la laisser tomber dans la mer. Quelques jours plus tard, la timonerie se désorganisa, de sorte que le petit steamer s’en allait de ci, de là,

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