CHAPITRE I
Francisco, nous pûmes nous promener dans ses rues magnifiques et jouir de tous les raffinements de la civilisation. Quelques passagers en ressentirent un ravissement tel qu'ils renoncèrent à pousser plus loin leur voyage; d'autres, qui n'imaginaient pas que notre capitaine quitterait aussi vite ce lieu de délices, manquèrent à l'appel au moment du départ et furent laissés à terre. Je me réserve de donner plus loin l'histoire de San Francisco avec les développements que mérite son importance. J'ai pu étudier attentivement cette ville, et je suis convaincu qu'elle l'emporte sur toutes les cités nouvelles de l'Amérique autant par la rapidité incroyable de son accroissement, que par l'avenir qui s'ouvre devant elle.
Poursuivant notre route, nous arrivâmes enfin au cap Flattery, et, du détroit de Fuca, nous pümes jeter un regard sur les interminables forêts de l’île Vancouver, où devaient s’arrêter plusieurs d’entre nous. Jusqu'à la fin du siècle dernier, on avait cru que cette terre faisait partie du continent américain; les cartes jointes aux relations du capitaine Cook ne la figurent pas autrement. Le détroit où nous allions nous engager fut découvert par un vieux marin grec, Juan de Fuca, dont les géographes récusèrent longtemps le témoignage; ce fut seulement en 1792 que Vancouver lui donna, pour honore: la mémoire du premier explorateur, le nom de Fuca qu'il porte aujourd’hui. Quelques années auparavant, le capitaine Cook, relevant la côte qui est maintenant devenue le territoire d'Orégon, doubla le promontoire Flattery « Les géographes; écrit-il alors, avaient placé sous la latitude même où nous nous trouvions, le prétendu détroit de Juan de Fuca; mais nous ne vimes rien de semblable, et nul indice n’annonce qu'un passage de ce genre ait jamais existé. »
Voilà, certes, un langage affirmatif, et qui a lieu d'étonner lorsqu'on apprend dans quelles circonstances Cook accomplit cette partie de son voyage. Le capitaine James Bur-
ney, qui était attaché à l'expédition, s'exprime ainsi! : « À peine avions-nous aperçu la terre que des vents violents nous contraignirent de redescendre vers le sud jusqu'au 43°; quand il nous fut possible de reprendre la route du nord, le gros temps et les brouillards nous empèchèrent encore de reconnaître la côte, de sorte que, entre le cap Foulweather, situé sur le 44° 55° latitude N., et la pointe de terre que le capitaine Cook appela Flattery, nous ne déccuvrimes le rivage que vaguement et par intervalles. Le 22 mars (1778), un peu avant sept heures, nous nous trouvions près de ce dernier promontoire; comme il faisait déjà sombre, le capitaine Cook donna l'ordre de louvoyer en cet endroit jusqu'au jour, afin d'obtenir un relevé plus exact. Mais, avant l'aube, une bourrasque mêlée de grèle et de pluie nous obligea de nous éloigner. Cependant, il nous fallait trouver un port, car nos navires avaient éprouvé des avaries, et, de plus, nous manquions d'eau. Le 29, dans la matinée, nous nous rapprochâmes une fois encore de la côle; à midi, nous étions sous le 49° 28’ N. »
. Ainsi donc le capitaine Cook n'avait pu faire qu'une exploration incomplète. La chose n'a rien d'étonnant, elle ne mériterait pas d'être signalée sans la conclusion au moins hasardée qu'il tire de ses observations.
De 1787 à 1789, trois voyageurs anglais, Berkeley, Duncan, Meares, et un explorateur américain, Kendrick, visitèrent différents points du détroit, et confirmèrent la découverte de Fuca; l’un des buts principaux des voyages de Vancouver fut de vérifier l’exactitude de leurs assertions. Il arriva au cap Flattery le dimanche 29 avril 1792, et ce jour-là mème il commença le relevé qui devait rendre son nom célèbre. Le lendemain matin. il rencontra le capitaine américain Grey, qui venait de faire une excursion dans le détroit.
La justice nous oblige maintenant à dire quelques mots de
1. À Chronological History of North Eastern Voyages of Discovery, chap. xix.
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p. XIX.