‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 7 sur 196 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Juan de Fuca, le marin grec, dédaigné pendant sa vie, voué à l'oubli après sa mort. Tout ce que nous savons de son histoire se trouve dans l'excellent ouvrage publié par Purchas, en 1625. Un chapitre du livre des Pilgrimes porte ce titre : « Notes réunies par moi, Michaël Lok, l'aîné, sur le détroit généralement appelé 'Fretum Anian, qui de la mer du Sud conduit au nord-ouest vers des terres inconnues. »

Le récit de cet ancien auteur peut être résumé de la manière suivante. Lok, se trouvant à Venise en 1596, fut mis en relation avec un pilote grec, vieillard de quatre-vingttrois ans, que ses compagnons appelaient Juan de Fuca, quoique son vrai nom füt Apostolus Valerianos. Il avait servi pendant quarante ans dans la marine espagnole, et, lors de son prernier voyage, le galion sur lequel il se trouvait avait été capturé par un navire anglais près du cap California (peut-être désigne-t-il ainsi le cap Saint-Lucas). Dans cette fâcheuse occurrence, lui Fuca perdit soixante mille ducats qui composaient toute sa fortune,

En 1592, le vice-roi de Mexico le chargea d'explorer le nord du pays. Juan longea la Californie, l'Orégon, et arriva ainsi sous le 47° de latitude. Là, voyant un bras de mer s'enfoncer dans la côte et diviser les terres, il s'y engagea, navigua plus de vingt jours, tantôt suivant la direction de l'est, tantôt celle du sud, du nord-ouest, puis du nord. Le passage, disait-il, s'élargit en plusieurs endroits et forme de petits archipels. A l'entrée du détroit s'étend une grande île, sur laquelle on aperçoit un pic fort élevé.

Juan de Fuca raconte aussi qu'ayant débarqué sur différents points de la côte, il vit des indigènes à l'aspect farouche, vètus de peaux et la têle ornée de plumes. Le pays semblait fertile et, comme la Nouvelle-Éspagne, riche en or, en argent, en perles et autres produits précieux.

Après avoir parcouru le détroit dans toute sa longueur, Fuca jugea que sa mission était remplie; d’ailleurs, il ne disposait pas d'une force suffisante pour résister aux sauvages

qui s’assemblaient sur la côte d’un air menaçant. Il mit donc à la voile pour retourner dans la Nouveile-Espagne; vers la fin de l’année il entrait dans Acapulco.

Le vice-roi le combla d’éloges, l’accabla de ces protestations banales qui sont la monnaie des gens de cour, puis il le congédia en lui conseillant d'aller en Espagne, où certainement Philippe II le récompenserait selon ses mérites. Sur cette assurance, Fuca se rendit à Madrid. Le roi le reçut avec de grands égards, mais ne fit rien pour lui. Perdant alors tout espoir,le malheureux explorateur se retira en Italie où, comme nous l'avons vu, il rencontra Michaël Lok. Iltémoigna le désir d'entrer au service de l'Angleterre, espérant sans doute qu’il lui serait alors possible de rentrer en possession d'une partie de la somme dont il avait été dépouillé par un navire de la marine brisannique. Lok écrivit aussitôt à lord Cecil, grand trésorier de la couronne, à sir Walter Raleigh et au géographe Richard Hakluit, pour leur exposer le dénüment dans lequel se trouvait Fuca et leur demander l'argent nécessaire à son voyage. Il lui fut répondu qu'on approuvait fort l’idée d'amener en Angleterre le navigateur qui avait enrichi

la science d'une découverte importante; mais comme les AL fonds sans lesquels la réalisation du projet devenait impos- sa sible ne furent jamais envoyés, l'affaire en resta là. Lok ce- el pendant continua d'entretenir des relations avec Fuca; il lui SE écrivit d'Alep, où ilrésidait en qualité de consul, et, quelques de années plus tard, il résolut même de le conduire à ses frais pr en Angleterre, Mais la fortune semblait lui sourire entin, le au moment où le vieux pilote rendait le dernier soupir. La da géographie dut attendre deux siècles encore avant de réa- les liser le progrès qu’elle eût pu faire immédiatement, si les cir- je constances eussent mieux servi Juan de Fuca. FA Le détroit qui sépare Vancouver de la terre ferme a été 1 l'objet de descriptions si nombreuses que le lecteur, sans Ai doute, me dispensera d'en donner une nouvelle. Le paysage, A po

beau et imposant partout, revêt en certains endroits un ca-

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