CHAPITRE
sept vaisseaux parmi lesquels figurait un clipper magnifiqne, le Nightingale; trois bateaux, destinés à faire le service des rivières, avaient été construits spécialement pour notre usage; enfin nous possédions encore cinq grandes barques. Quand, le 25 juillet, nous arrivämes, en ce pompeux appareil, devant le port de Pétropaulovski, nous y trouvâmes une corvette russe, la Variag, venue là pour nous attendre. C'était un beau navire à vapeur de 2156 tonneaux, commandé par le capitaine Lund; cet officier, se conformant à ses instructuons, s'empressa de faire son rapport au colonel Bulkley.
La société russe de Pétropaulovski était en grand émoi; deux mariages se célébraient le lendemain ; en conséquence, une invitation pressante, à laquelle nous ne fimes aucune difficulté de nous rendre, nous fut aussitôt adressée. La cérémonie devait avoir lieu dans la vieille église grecque ; elle commença seulement à cinq heures de l'après-midi, ce qui ne l'empècha pas d’être démesurément longue. Tous les assistants se tenaient debout ; il n’y avait d'ailleurs nul moyen de faire autrement, car le temple ne renfermait pas une seule chaise. Nous restions là, ennuyés et fatigués, serrés dans des uniformes trop étroits, mais éclatants de broderies, que l'étiquette nous avait obligés de revêtir. Cependant nous n'étions pas les plus à plaindre. C’est l’usage en ce pays de couronner les futurs époux. Or, l'édifice de la coiffure des deux belles lancées se trouvait être ce jour-là si compliqué, si fragile, qu'on n’y pouvait rien poser sans risquer de le compromettre ; il fallut donc que, pendant trois grands quarts d'heure, deux des amis de la famille tinssent les guirlandes suspendues sur la tête des jeunes filles; j'imagine qu'ils ne furent pas médiocrement satisfaits quand les heureux couples se trouvèrent, devant Dieu et les hommes, indissolublement unis.
Les mariages sont toujours accompagnés de repas fort coùteux. Si les fiancés ne peuvent en faire la dépense, ils demandent à quelque riche habitant de les aider à organiser la
fète, et il demeure bien entendu que le complaisant ami supportera tous les frais. M. Philipeus, négociant qui envoie chaque année des vaisseaux à Hong-Kong, avait, dans l'occasion présente, accepté ce rôle onéreux. Toute la ville était invitée au festin; les officiers de la Variag, ceux de notre petite flotte, les capitaines de plusieurs baleiniers, vinrent encore augmenter le chiffre des convives. Nous finimes par être si nombreux que pas une maison ne fut assez grande pour nous recevoir, il fallut nous répartir dans deux habitations de la principale rue. Un messager, courant sans cesse d’une demeure à l’autre, tenait la bande joyeuse au courant de tous les toasts qui étaient portés. Jamais, dans la silencieuse petite ville, on n'avait entendu des acclamations si formidables. |
Après le repas, nous nous rendîmes à la résidence du capitaine du port, où l’on valsa jusqu'au jour. Les nouvelles épouses devaient danser avec tous les invités ; c'était un spectacle amusant que de les voir passer des bras d’un cavalier à ceux d’un autre; pendant une seule polka elles changeaient dix ou douze fois de valseur. Pétropaulovski possédant fort peu de dames, on avait complété la réunion à l’aide de robustes paysannes kamtchadales. Nos efforts pour entamer la conversation avec ces rustiques beautés n’aboutirent qu'à donner lieu aux quiproquo les plus risibles. Heureusement nous avions pour nous dédommager nos amis de la Variag, charmants compagnons dont l'entretien fit couler rapidement les heures'. Dès le lendemain, les mariés rendirent leur visite de noce.
Nous trouvämes Pétropaulovski dans sa fugitive parure d'été de fleurs sauvages, gazon épais, moustiques à foison. Le
1. Tous parlaient couramment le français et l'anglais, ou plutôt l'américain A la fin de la guerre de Crimée, le francais, qui était en Russie la langue aristocratique, fut proscrit à la cour; quant à l'anglais, qui avait également mérité la défaveur du tzar, il disparut du programme des écoles ; on le remplaca par l’américain. Bien entendu, ce fut toujours la vieille langue de Shakespeure, la rancune mosçovite n’avait char gé que le nom,
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