‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 64 sur 196 · CHAPITRE xX · texte numérisé non relu

CHAPITRE xX

thermomètre montait à 27° centigrades à l’ombre; il m’arriva mème de m'endormir à l’air libre en prenant une esquisse. fait qui s'explique aussi par la fatigue des fêtes ininterrompues auxquelles nous avions assisté. Trois mois d'hospitalité russe tueraient beaucoup d'hommes vigoureux. Je regarde les quinze jours que j'ai passés à Pétropaulovski comme les plus laborieux de mon existence. Ajoutez à cela que la chaleur était excessive, que tous ceux qui le pouvaient portaient des vêtements de soie, de toile ou de mousseline, comme si l’on eût été sous les tropiques. Toutes les idées que nous nous étions faites du Kamtchatka étaient bouleversées.

Je n'oublierai jamais un pique-nique international qui eut lieu pendant notre séjour, et dont les convives appartenaient à six ou sept pays différents. Il y avait des Russes d'Europe et d'Asie, — depuis le Finlandais jusqu’au Kamtchadale; des Américains du nord et du sud; des Anglais, des Français, des Allemands et un Italien.

Après avoir suivi, tout en devisant joyeusement dans notre Pabel de langues, un sentier qui domine la charmante baie d'Avatcha, nous arrivämes sur une verte pelouse, où les domestiques et les matelots déballèrent les provisions. Le temps élait à souhait, il y avait à peine une ride sur les belles eaux bleues qui s’étendaient à nos pieds, les fleurs embaumaient l'air, nous aurions pu nous croire transportés dans un monde exempt des misères humaines, si de tempsàautre un moustique ne fût venu nous rappeler notre condition terrestre. Nous nous installâmes confortablement, et des cigares furent apportés. Alors, joie ineffable! nous pûmes non-seulement animer de notre souffle de jolis petits nuages parfumés, mais nous y fûmes encouragés par les femmes de nos amis. Dans toutes les parties de plaisir et 1ème dans les paisibles réunions de famille, on fumait en prenant le thé ou le café; les dames, loin de s'enfuir, nous présentaient de leurs blanches mains cigarettes et cigares. Plüt à Dieu, pensais-je, que cette mode régnât dans notre pays! Après nous être livrés à différents

jeux, avoir porté destoasts et chanté de joyeux refrains, nous dinâmes sur le gazon. Les étoiles brillaient déjà au ciel que nous n'avions pas encore terminé notre festin champêtre.

Le 6 août, ous partimes de Pétropaulovski; pendant plusieurs jours nous longeâmes les côtes, d’un caractère grandiose et accidenté, de la péninsule Kamtchadale; les pics volcaniques dont elle est semée iui donnent surtout un charme et un intérêt étranges.

Plusieurs de ces montagnes étaient aiors complétement dépouillées de neiges. Le volcan de Koriatski, que nous avions vu pendant l'automne de l’année précédente étincelant d'une blancheur immaculée, n’étalait plus aujourd’hui aux regards que ses vastes flancs stériles et rocheux.

Nous redoublâmes deux jours après le promontoire qui se bifurque pour former deux caps, le Kamtchatka et le Stolbovoy. Il semblerait, tant le pays intermédiaire est bas, que ce soient deux îles séparées de la terre ferme. Pareil phénomène peut s’observer sur toutesles côtes, mais il est plus frappant encore sur celles du Kamtchatka. La vue d’un rivage qui semble s’exhausser graduellement, à mesure que l’on en approche par mer, m'a toujours semblé une preuve plus décisive de la forme ronde de notre globe, que la démonstration tirée, du navire qui apparaît par degrés à l'observateur, depuis la grande voile jusqu'à la carène. Il faut que l’atmosphère soit d’une extrème transparence pour qu’on puisse apercevoir, à l'extrémité de l'horizon, le hunier d’un navire; tandis que les sombres contours d'une côte abrupte se distinguent aisément. On découvre d’abord un pic qui, dans sa solitaire élévation, domine toute la côte, puis les plateaux et les montagnes, ensuite les rochers, les basses terres, enfin les grèves et les dépressions du sol.

Au pied du cap Kamtchatka se trouve l'embouchure du fleuve de même nom. C'est de ce point que Behring commença son premier voyage dans la mer et le détroit auquel son souvenir reste indissolublement uni. Ce grand homme

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