‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 65 sur 196 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mérite une place glorieuse parmi les explorateurs du siècle dernier, il a péri victime de son dévouement à la science, cependant ses travaux sont peu connus. Danois d’origine, il fut attiré en Russie par la renommée de Pierre [* qui, désireux d'illustrer son règne par d'importantes découvertes maritimes, conçut lui-même le plan des expéditions de Behring, mais ne vécut pas assez pour en voir le résultat. Le but principal que se proposait le prince était de savoir si l’Asie et ’Amérique ne formaient qu’un seul continent ou si elles étaient séparées par l'Océan. On lit dans la relation de Muller, biographe de Behring, et son compagnon dans ses voyages sur la terre ferme, le passage suivant : « L'impératrice catherine, qui s'était donné la pieuse tâche d'accomplir en tout les desseins du mari qu'elle avait perdu, inaugura son règne en organisant l'exploration du Kamtchatka. » Vitus Behring en eut le commandement, Martin Spanberg et Alexis Tschirikoff devaient lui servir de lieutenants. Ils partirent de Saint-Pétersbourg le 5 février 1725, et traversèrent la Sibérie pour gagner la mer d'Okhotsk. Les deux années qu'ils mirent à transporter jusque-là le matériel de l'expédition peuvent donner une idée des difficultés que présentaient aiors les voyages en ce pays. Ils trouvèrent à Okhostk un navire construit pour eux, qui les transporta jusqu’à Boltcheretsk ; l'hiver suivant, ils se rendirent à Nijni-Kamtchatka. Suivant la côte orientale de la Sibérie et du Kamtchatka, Behring découvrit l’île Sainte-Laurence. Il parvint jusqu’au 6718 de latitude, reconnut que la côte fuyait à l'ouest; et de cette simple donnée, il parait avoir tiré la conclusion qu'il avait atteint l'extrémité de l’Asie et que les continents sont séparés l'un de l’autre. Après cette exploration, il revint au Kamtchatka, sans que son navire eüt éprouvé aucune avarie. Un second voyage fut moins heureux. Assailli par des vents contraires, Behring dut renoncer à visiter, ainsi qu'il en avait l'intention, les côtes septentrionales de l'Amérique. L'expédition entreprise en 1740 fut également remarquable

par l'importance des découvertes et par l'intérêt dramatique des aventures. Ce fut Behring qui, avec deux fidèles lieutenants, en eut l'initiative. Leurs plans furent agréés, et l’impératrice plaça sous leurs ordres un corps nombreux d'ofliciers de marine. Il ne s'agissait plus cette fois de s’assurer si l'Asie et l'Amérique étaient séparées l’une de l’autre par l'Océan, on regardait cette question comme définitivement résolue. Un projet plus vaste enflammait l'imagination de Behring : il voulait découvrir, à travers la mer Glaciale, ce fameux passage nord qui a tant de fois été cherché par les Anglais et les Hollandais. Le Sénat, l’Amirauté, l’Académie des sciences s'intéressèrent à l’entreprise et en facilitèrent l’exécution. Plusieurs savants, entre autres Delisle de la Croyère, John George Gmelin, Muller et un étudiant nommé Steller, voulurent accompagner l’illustre voyageur; les deux derniers pourtant se bornèrent à explorer la Sibérie, et ne quittèrent jamais la terre ferme.

Nous passons sous silence les fatigues et les épreuves de tous genres que Behring eut à supporter pour transporter de Saint-Pétersbourg à Pétropaulovski, à travers les glaces sibériennes, et dans des pays où nul chemin frayé n'existait encore, les immenses approvisionnements que nécessitait une pareille expédition. Le 4 juillet 1741, les vaisseaux mirent à la voile dans le port de Pétropaulovski ; mais quelques jours après, la petite flotte fut séparée par la tempête en deux parties, dont chacune dut accomplir seule son exploration. Ce fut durant ce voyage que Behring découvrit l'archipel des Aléoutes et plusieurs îles de la côte américaine. Il fit des reconnaissances dans l'intérieur des pays nouveaux, et entretint de fréquents rapports avec les naturels; parfois les tribus sauvages lui faisaient un accueil plein d'enthousiasme; parfois aussi peu s’en fallut qu'un coup de tomahawk mit fin à sa carrière aventureuse, Un ennemi plus redoutable que les peuplades indigènes eut cependant raison de l'énergie et de la persévérance de Behring; le scorbut éclata parmi ses

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