LA RIVIÉRE ANADYR ET PLOVER BAY SIBÉRIE ORIENTALE
Une singulière lettre de recommandation, — Excursion en bateau. — Nous retrouvons les explorateurs laissés l'année précédente, — Résullat de leurs observations. — Des voleurs bien punis. — Plover ay. — Notre ami Nau-Koum. — Une entreprise d'affichage sous les glaces du pôle, — Station télégraphique. — Les inconvénients de la fraternité. — Scènes de pêche. — Mort du major Kennicott.
A peine étions-nous descendus à terre qu'un indigène accourut au-devant de nous, une lettre à la main. L'épiître était envoyée par M. Mac-Crea, oflicier «qui, on se le rappelle, explorait l'Anadyr, et elle nous averiissait que l'honorable personnage chargé de nous la remettre était un menteur ieffé, contre lequel il fallait nous tenir en garde. Il portait le nom harmonieux d'O-Cock-Cray.
On organisa aussitôt une excursion nautique qui devait remonter l’Anadyr; à mon extrême satisfaction, j'obtins C’en faire partie. La petite expédition se composait de six personnes : le second du steamer, l'interprète, M. Laborne, moi, et trois matelots. Nous n'avions pour nous guider qu'une carte fort incomplète, dressée l’année précédente par deux de nos collègues, que le colonel Bulkley avait envoyés dans ces ré-
gions. Quant à obtenir des renseignements des indigènes, nous n’y devions pas compter beaucoup, les Tchouktchis se faisant d'ordinaire une maligne joie de tromper les voyageurs. Le seul point de reconnaissance qui nous eût été signalé dans le district où nous nous trouvions était un mont peu élevé, le Dionysius, qui se dresse sur le bord oriental de la petite baie. D'épais nuages couvraient le ciel; nous avions à essuyer de fréquentes ondées, mais une brise favorable aidait à notre marche; nous cinglâmes vers l'ouest, et nous avions déjà navigué pendant plusieurs heures quand nous vimes la côte s'ouvrir au sud-ouest. Nous étant dirigés de ce côté, nous renconträmes des bancs de sable placés tellement à fleur d’eau, que notre embarcartion touchait à chaque instant le fond vaseux, et laissait derrière elle une large trainée blanchâtre. Souvent nous étions engravés, il nous fallait alors descendre pour dégager le bateau. À chaque instant, nous étions obligés de virer de bord, ce qui nous faisait perdre un temps considérable. Le soir, nous nous réfugièmes sur un petit promontoire situé vers le sud; la pluie tombait à flots; trempés jusqu'à la moelle, nous voulümes au moins nous donner le luxe d'un peu de feu; mais comment y réussir dans une contrée qui ne produit point d’arbres ? A la fin, nous découvrimes de maigres broussailles et trois ou quatre morceaux de bois jetés là par la marée; le déluge continuait, nous eùmes grand'peine à faire jaillir de ces humides matériaux quelques étincelles, Pendant ce temps, les matelots improvisèrent, à l’aide des avirons, du mât et de la voile, une espèce de tente, qui nous parut la chose la plus confortable du monde. La pluie elle-même avait un avantage, elle diminuait la fureur des moustiques; quelques-uns nous donnèrent cependant des preuves irrécusables de leur existence, et nous dümes, d'après la douleur causée par leurs morsures, nous féliciter de n'avoir pas eu affaire à un noinbre plus considérable d'eunemis.
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