‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 69 sur 196 · CHAPITRE XI. . Jéf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. . Jéf

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toire, et des branches, des troncs d'arbres épars sur le sable prouvaient qu'une rivière venait se décharger en cet endroit. Le lendemain, nous repartimes à la pointe du jour. Notre collègue Laborne, qui, l’année précédente, avait fait une excursion en ces parages, se rappelait que l'Anadyr devait se trouver plus à l’ouest. Vers neuf heures du matin, en effet, nous le découvrimes; le soir, nous avions rejoint le « campement Mac Crea », près de l'embouchure du fleuve.

Nous n'espérions pas être assez favorisés par le hasard pour rencontrer en cet endroit nos amis, aussi notre étonnement et notre joie furent-ils extrêmes d'en trouver quatre réunis dans la maisonnette de planches qu'ils avaient construite. Ils n'avaient d'autre aliment que du saumon, poisson qui foisonne dans l’Anadyr. Toute espérance de voir quelqu'un de l'expédition leur semblait perdue; et de notre côté, nous supposions qu'ils étaient sur les bords de la mer d'Okhotsk, Trois des collègues que nous venions de rencontrer, Mac-Crea, Harder et Smith, appartenaient à l'expédition de l'Anadyr; mais je fus bien surpris de trouver avec eux M. Bush, qui, l'hiver précédent, avait visité le fleuve Amour. Son voyage, qui n'embrassa pas moins de huit cents lieues, mérite d'être rangé parmi les plus remarquables ‘ai aient été entrepris par les membres de l'exploration.

« Avez-vous apporté des vivres? » Telle fut l'une des premicres questions que nous adressèrent nos amis.

À cela, nous nous empressämes de faire la réponse la plus satisfaisante, c'est-à-dire d'aller chercher dans le bateau une provision de pain, de thé et des salaisons, et d'étaler un lunch splendide devant nos compagnons éblouis. Fatigués comme ils étaient de l'éternel saumon, ils trouvaient un goût délicieux à la chair de porc salé.

Comme nous tenions à regagner le steamer le soir mème, nous ne nous arrètâmes qu'une heure; mais lorsque nous repartimes,notsemmenämes avec nous nos amis, sauf Harder, qui voulut rester pour garder le campement, Malgré une pluie

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battante, nous fimes en ramant les dix lieues qui nous séparaient du navire; mais nous n'avions garde de penser au mauvais temps ni à la fatigue. Nos compagnons, qui pendant un an avaient vécu au fond des solitudes, étaient impatients d'avoir des nouvelles du monde civilisé; nous n'étions pas moins avides de les interroger sur leurs voyages. Comme cha cun de nous parlait de ce qui lui tenait Le plus au cœur, notre entretien à bâtons rompus aurait fort amusé un étranger. Nou passions des attelages de chiens, et des excursions à dos de renne, aux considérations politiques les plus hautes, du nouvel Opéra aux sauvages de l'Anadyr, du message du Président aux bavardages des salons californiens. Des traits de mœurs indigènes se mêlaient au souvenir des amis absents, et les explosions de la nitroglycérine aux scandales du Kamtchatka.

L'Anadyr est sujet à d'énormes crues au printemps; souvent il s'élève de quinze à vingt pieds au-dessus de son niveau habituel, et inonde toutes les terres environnantes. Il est navigable sur un espace de cent lieues et n'offre pas de rapides capables d'arrêter la marche d’un bateau. On trouve sur ses bords une quantité considérable de menu bois. Le poisson fourmille dans ses eaux, et le g''.er le long de ses rives; les indigènes ont une façon assez originale de prendre les rennes: ils ne les chassent pas, ils les pêchent. C’est au moment où ces animaux traversent le fleuve en bandes serrées que les Tchouktchis, montés sur de petits canots appelés vetkas, les pousuivent, puis les tuent à coups de lance et de harpon. Les oies abondent sur tous les cours d’eau; les naturels ont coutume de les attaquer à l'époque dé la mue; ils les poussent vers la rive, où d’autres chasseurs, placés en embuscade, les assomment d'un coup sur la tête. Le froid le plus rigoureux que nos amis eussent éprouvé pendant l'hiver précédent 1865-66, était 52° Fahrenheit (46° centigrades). Les indigènes ne paraissent pas avoir des idées bien nettes au sujet de la propriété. Profitant de l'absence de Mac-Crea,

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