‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 8 sur 196 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ractère véritablement grandiose; toutefois il est empreint de la monotonie qui accompagne toujours les sites où l'on n'aperçoit autre chose que des forêts de pins, des rochers et des îles. Sans nous laisser arrêter par le majestueux panorama qui se présentait à nos regards, nous nous dirigeâmes rapidement vers Esquimalt, où nous demandäâmes un pilote afin d'entrer dans la baie qui est aujourd’hui l'une des stations navales les plus importantes et les plus salubres que possède l'Angleterre sur les côtes du Pacifique. Esquimalt est, à proprement parler, le port de Victoria, car le havre de cette dernière ville, étant fermé par une barre, ne peut recevoir que des navires d’un faible tonnage.

Je n'ai que fort peu de chose à dire de Victoria, bien que j'y aie passé trois hivers. Comme toutes les cités qui ont eu un développement trop hâtif, elle porte les traces d’une décrépitude précoce. La découverte des mines de la Colombie anglaise lui avait donné une impulsion puissante; et si ses ressources agricoles avaient égalé ses richesses minières, la colonie eùt sans doute atteint une haute prospérité. Mais il n’en fut pas ainsi, et quoique Victoria réunisse de grands avantages, un climat sain, des approvisionnement faciles, des communicaiions nombreuses avec les contrées environnantes, elle a bien percu aujourd’hui de l'éclat passager qu’elle dut à ses gisements aurifères. En effet, les gens qui avaient réalisé des fortunes considérables dans l'exploitation des mines ont presque tous quitté Victoria aussitôt après s'être enrichis. Personne ne songe à s'installer d’une manière permanente dans cette contrée, tandis qu'en Australie et en Californie, les chercheurs d’or finissent, leur récolte faite, par s'attacher au sol, Ils trouvent dans l’agriculture l’emploi profitable de leurs capitaux, et deviennent des citoyens paisibles et satisfaits. Cette différence est essentielle. La découverte des métaux précieux peut profite: aux individus, elle ne crée pas un pays, les richesses agricoles ont seules ce bienfaisant pouvoir.

Mon séjour à Victoria, où je m'arrêtai au retour de plusieurs excursions, fut extrèmement agréable; la ville bien bâtie, propre, coquette avait pour moi beaucoup de charmes. On y trouve des églises de différents cultes; catholique; épiscopalien dissident peuvent y servir Dieu à leur manière. Victoria possède également une école industrielle, un théâtre, une usine à gaz, des sociétés maçonniques ou charitables. Tout voyageur muni de recommandations suffisantes est sûr d'y recevoir la plus cordiale hospitalité. Les officiers de marine d'Esquimalt donnent à la ville une certaine animation, aussi sont-ils fort recherchés, on les considère comme les arbitres suprêmes de l'élégance et du goût. Quant à la population sédentaire, ele se compose presque exclusivement des employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, les uns retraités, les autres en activité de service. Cette grande société commerciale a établi dans Victoria d'immenses magasins, elle a fait construire des quais superbes, et se livre non-seulement au commerce des fourrures, mais encore aux spéculations les plus diverses.

Nos compagnons de voyage, venus pour !à1 plupart avec la flatteuse espérance de gagner, par l'exploitation des mines, de rapides et gigantesques fortunes, eurent à Victoria le désappointement d'apprendre que les gisements aurifères de Caribou se trouvent à cent cinquante lieues dans l’intérieur du continent. A cette nouvelle, beaucoup d’entre eux renoncèrent à leur projet, de sorte que, sur les trois cents passagers que l'attrait de l'or avait poussés dans ces lointaines régions, vingt-cinq seulement atteignirent l’Eldorado du Nord.Lorsque, l’année suivante, je fis une excursion pédestre dans le district de Caribou, j'en rencontrai quelques-uns qui étaient déjà désillusionnés et fort abattus. Ils ne connaissaient rien au travail des mines, et n'avaient d'autre moyen de participer aux bénéfices de l'exploitation que de devenir actionnaires d'une compagnie; mais pour cela il leur eùût fallu l'argent qu'ils avaient comté gagner. Du reste, c'était de toutes façons

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