CHAPITRE XII
obligations pour avoir suivi scrupuleusement ies instructions qui lui avaient été données en notre faveur, et qui plus d'une fois se trouvèrent au détriment de sa commodité personnelle. La Compagnie russe-américaine donne à ses employés un salaire proportionné à leurs services : ils ne recoivent que soixante livres de farine par mois, et de 50 c. à ifr. par jour. Aussi le provalichik a-t-il dù faire à la plupart d’entre eux de fortes avances, qui probablement ne seront jamais remboursées. Leur modique solde suffit à peine à leur procurer des vètements, du thé, du sucre, du tabac; ce dernier article est d’une qualité supérieure, mais il leur est vendu fort cher par la Compagnie (6 tr. 50 c. la livre).
Des bains de vapeur ont été organisés à Saint-Michel, comme dans les autres postes russes, et toujours il est facile de s'en procurer ; aussi cette opération hygiénique était-elle très en vogue parmi nous. L’étabiissement se compose de deux pièces au moins. La première sert à se déshabiller. La seccude est pourvue d’un fourneau en pierre, chauflé au degré le plus élevé qu'il soit possible d'atteindre; on y tient toujours prêts des seaux d’eau chaude et d’eau glacée. De temps en temps on arrose les pierres brülantes du poële, afin que la chambre soit toujours chargée d’une vapeur épaisse; à l'entrée on jette un seau d’eau froide sur la tête du baigneur, on le fait étendre sur une couchette ou sur un banc, jusqu’à ce qu'il soit parfaitement étuvé ; puis on le plonge dans un bain d'eau chaude. Quand il sort de cette seconde pièce, on lui jette de nouveau de l’eau froide sur la tête et sur tout le corps, précaution indispensable, sans laquelle il serait exposé à ressentir un violent mal de tête.
La transition d'une salle à l’autre est fort brusque et même assez désagréable, car le baigneur passe subitement de la chaleur d'une fournaise à une température de douze Ou quinze degrés au-dessous de zéro,mais des frictions immédiates empèchent le refroidissement. Les Russes se couchent
toujours après le bain. Les personnes d'un tempérament très-sanguin, ou celles qui sont faibles de la poitrine, ne se trouveraient probablement pas bien de cette médication.
En dehors du poste, s'élève une petite chapelle. Chaque dimanche et chaque prasnik (jour de fête) un service y est célébré. Le prêtre, qui réside à la missie (mission) sur l'Youkon inférieur, vient en outre assez souvent à Saint-Michel pour administrer le baptème aux indigènes. Le rite grec, on lé sait, a conservé l'usage de l'immersion complète ; quand c'est un enfant, on le plonge entièrement dans l’eau sainte. S'agit-il d’Indiens adultes, on les conduit à la mer près du fort; j'ai même entendu dire, qu'alléchés par l'appât des petites croix dorées et autres menus objets qui leur sont remis, un assez grand nombre ont reçu plusieurs années de suite ce sacrement.
Il est probable que, dans les rapports des missionnaires, ces zélés néophytes comptent chacun pour quatre ou pour cinq.
Saint-Michel pourrait être attaqué par de puissantes tribus indiennes, mais jusqu’à présent il n’y a pas eu d'agression sérieuse. Ces peuplades, du reste, sont assez éloignées. Un petit village de huttes souterraines ou creusées dans la colline existe seul près du fort.
L'île Saint-Michel est en grande partie composée d'une roche de lave poreuse, qui est criblée de trous innombrables. Dans le bassin de l’Youkon, notamment vers sa partie inférieure, à la mission, la lave est d'une nature encore plus friable. Suivant une tradition des Indiens, Saint-Michel à surgi du fond de la mer. Le fait est fort possible. Une grande île de la chaîne des Aléoutes, que les Russes désignent sous le nom de Bogoslov Volcano, a émergé de l'Océan en 1796. Dans son voyage de 1842-43, Zagoskin apprit des Peaux Rouges, qu’à une époque antérieure dont ils avaient gardé le souvenir, la mer couvrait encore le terrain où s'élève aujourd’hui le fort Saint-Michel. L'eau des étangs et des criques
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