CHAPITRE XII
Le thermomètre placé à l'extérieur marquait 12° centigrades au-dessous de zéro, tandis qu'à l'intérieur, serrés comme nous étions, nous avions aussi chaud que des gens brülés par la fièvre. Le soir, nous jetämes l'ancre près du village indien de Taupanica; le lendemain, après avoir marché quelques heures, nous arrivämes devant les barres de sable de la rivière Ounalatchlit, vis-à-vis de l'île Besborough. Là, nous nous trouvâmes dans l'impossibilité d'aller plus avant; il fallut décharger le steamer en transportant sa cargaison sur des canots indiens; le soir, notre petit navire remontait sans obstacle le cours du fleuve, mais ce voyage devait être pour lui le dernier de la saison.
Le 7, nous fümes obligés de lui faire prendre ses quartiers d'hiver. L'Ounalatchlit était complétement gelé; notre embarcation, de l'avant à l'arrière, adhérait si fortement à la glace, que ce ne fut pas une mince besogne de briser sa prison, et de lui frayer un passage vers la berge. Quatre-vingts auvriers, Russes et Peaux Rouges, nous aidèrent à la tirer sur la rive pour la mettre en lieu de süreté.
A l'embouchure de l’Ounalatchlit se trouve sur la rive droite un comptoir russe de mème nom; cet établissement, fondé en 1840, est le plus septentrional de la côte. Il est situé sur le 63° 53’ latitude nord, et sur le 158° i0° longitude occidentale. Comme le poste de Saint-Michel, une forte palissade l'entoure de tous côtés; mais c'est à peu près la seule analogie qu'il y ait entre eux, car Ounalatchlit est très-petit, très-pauvre, très-peu confortable, Le bidarchik, ou chef,n'a lui-même pour tout appartement qu’une chambre, où il doit loger sa nombreuse famille. Les ouvriers sont entassés, avec leurs femmes et leurs enfants, dans la caserne, dont l’étroit espace leur est disputé par des régiments de blattes, gent rapace et prolifique s’il en füt. Le vütchka, ou poêle, occupe naturellement la place d'honneur. Quant aux fenêtres, elles ne donnent qu'un jour triste et douteux, car les habitants, au lieu d’aspirer, comme ceux de Saint-Michel, au luxe des
vitres, se sont modestement contentés des membranes transparentes que leur fournissent les vessies des phoques.
Un village de Malemoutes et de Kaviks, Indiens qui ressembleraient beaucoup aux Esquimaux, s'ils n'étaient plus grands et plus forts, s'élève au nord-ouest du poste russe. Les
indigène de l'Alaska (Malemoute).
hommes ont ordinairement le sommet de la tête rasé; ils portent, en guise de joyaux, des ornements appelés to-touk : ce sont de petits morceaux d'os taillés qu'ils introduisent dans des trous pratiqués de chaque côté de la bouche. Les femmes se tatouent le bas du visage, ornent leurs chevelures de verroteries, et leurs poignets de bracelets de plomb ou de fer. Les deux sexes sont également revêtus d’habits de peaux. Le vêtement malemoute est presque toujours muni d’un capuchon; il est court et coupé carrément par en bas pour les hommes : celui des femmes, plus long, a une forme arrondie à son ex-
nspa-
sem- "ands Les
sé; ils -touk :
{ dans es se rrotes deux vêtehon; mes ; n ex-