CHAPITRE XII
trémité inférieure. Ces tuniques sont faites de plusieurs sortes de fourrures ; le capuchon est presque toujours taillé dans une peau de loup, dont les longs poils abritent et couvrent à moitié le visage ; on le double parfois à l'intérieur avec la robe soyeuse du lièvre blanc arctique. Le corps du vêtement est formé de peaux d’écureuil, de loutre, de martre, de phoque ou de renne, de renne surtout. Tantôt c'est la dépouille épaisse d’un vieux mâle, tentôt la fourrure d'un
Vêtement de femme malemoute. Vétement d'homme malemoute,
faon mort-né. Zagoskin nous apprend par quelle cruauté on se procure cette fine pelleterie. La pauvre femelle que l’on sait être pleine est chassée de place en place, poursuivie impitoyablement jusqu’à ce que, épuisée de fatigue, elle mette bas prématurément.
Les Tchouktchis de la côte asiatique font un commerce considérable de fourrures. Ils possèdent de grands troupeaux de rennes apprivoisés, tandis que dans l'Amérique russe on ne rencontre jamais ces ruminants qu'à l’état sauvage. Une pelleterie fort estimée sert à garnir le bord des tuniques et
le haut des bottes des riches indigènes : c'est la peau du glouton, animal qui ne se laisse prendre que difticilement; aussi sa fourrure a-t-elle plus de valeur que toutes les autres aux yeux des naturels de la côte et de l'intérieur.
Les deux sexes portent des pantalons de phoque ou de renne; les bottes varient de forme et de longueur, mais toutes sont garnies de semelles de maclock, c'est-à-dire d'une peau de phoque dont on a enlevé je poil.
Les Malemoutes ont aussi des chaussons de fourrure dont le poil est tourné en dedans. Leurs gants prennent parfois des dimensions démesurées. J'en possède ure paire en peau de chien, qui a deux pieds de long et monte au-dessus du coude.
Les indigènes tannent et adoucissent les peaux destinées à leur servir de chaussures avec un liquide fort impur, que je n'ose nommer ; ils l'emploient aussi en guise de savon pour les usages domestiques.
Le phoque est peut-être l'animal qui leur rend le plus de services, car il leur fournit non-seulement de l'huile et de la graisse, mais encore la peau dont ils tirent canots, courroies, filets de pêche, semelles de bottes. Leurs baidarres ressemblent beaucoup aux oumiaks des Groënlandais; quelquesuns peuvent recevoir de quinze à vingt personnes, mais ils sont d'ordinaire beaucoup plus petits. Montés sur ces chétives embarcations, les naturels se risquent sur mer et traversent même le détroit de Behring. Ils ont encore d’autres canots, les baidarkes, qui rappellent le kyack groënlandais, Les uns et les autres sont admirablement construits; la structure en est à la fois légère et forte, les peaux qui les recouvrent sont assemblées à l’aide de tendons, les coutures rendues imperméables au moyen de la graisse dont on les frotte. On commence par étendre sur la fourrure dont on veut se servir une couche de frai de poisson qui commence à se décomposer. Au bout d’un certain temps, le poil se détache de lui-même. On étend alors la peau sur un châssis et on l'arrose abon-
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