‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 79 sur 196 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

damment avec le liquide dont nous avons parlé tout à l'heure. Quant à la graisse, elle est enlevée au moyen de couteaux d'os ou de pierre.

En dépit des postes établis sur les côtes du golfe de Norton, les baleiniers américains qui, chaque année, visitent Port-Clarence, le golfe de Kotzebue et les côtes adjacentes, avaient détorrné à leur profit une partie considérable du comm-rce des fourrures; les indigènes leur donnaient la préférence, car ils en obtenaient des prix plus élevés que ceux de la Compagnie russe. Une autre portion du trafic est entre les mains des Tchouktchis, qui du point le plus rapproché de la côte sibérienne traversent le détroit de Behring et se rencontrent à Port-Clarence avec les Kaviks et les Malemoutes.

Les différentes peuplades ont les unes avec les autres des relations commerciales fort actives ; il n'est pas rare de voir à une centaine de lieues dans l'intérieur des terres, des vètements vendus par les Tchouktchis ; les troupeaux de rennes de Plover Bay ont fourni la fourrure, et les peaux ont été cousues ensemble par les femmes des tribus de la côte, qui ont la réputation d'être plus habiles ouvrières que celles du haut Youkon. En échange des habits qu'ils apportent, les Tchouktchis reçoivent de l'huile, des os, des pelleteries. Je suis même parvenu à m'assurer d'un fait assez curieux :c'est que les martres appelées dans le commerce zibelines de la baie d'Hudson, les castors, les renards pris près des sources de l'Youkon, sont vendus par les tribus riveraines de ce fleuve aux naturels de la côte, qui à leur tour les cèdent aux Tchouktchis. Ces fourrures arrivent de la sorte à la rivière Anadyr, où elles sont achetées par des marchands russes; souvent aussi elles passent aux mains des baleiniers américains qui fréquentent la côte.

Un des buts de la mission de Zagoskin était d'établir près du détroit de Behring un nouveau fort destiné à empêcher un trafic aussi nuisible aux intérêts de ia Compagnie russe-

américaine. On avait songé, paraît-il, à le placer sur les côtes du golfe de Kotzebue, mais le projet n’eût pas de suites, et j'appris, par les membres de notre expédition qui avaient passé l'hiver à Port-Clarence, que la plus grande partie des fourrures de l’Alaska continuent à suivre la même voie. Plusieurs centaines de naturels se rencontrent au printemps dans le détroit de Behring; selon toute apparence, les Américains ne tarderont pas à y fonder une station.

La plupart des indigènes sont pourvus de fusils à pierre ou à piston, qu'ils se sont procurés au moyen d'échanges. Li compagnie de la Baie d'Hudson apporte ces armes jusqu'au poste qu’elle a établi au confluent de l’Youkon et de la Porcupine, elle les donne aux sauvages en payement de leurs fourrures; de là, les carabines européennes sont portées par les trafiquants indigènes aux tribus de la côte.

Les petits animaux tels que les lièvres, les martres, les coqs de bruyère, sont d'ordinaire pris au piége; ils forment l'une des principales ressources de ce pays pauvre et inculte. Quant aux productions végétales, on ne trouve guère que des baies. Les airelles et une sorte de petite framboise d’un goût assez agréable croissent en abondance; les indigènes s'en montrent très-friands ; les ménagères de l'Alaska les mettent confire dans l'huile de phoque eten gardent pour l'hiver de grandes quantités. IL m'est souvent arrivé, en creusant sous la neige, de trouver de belles grappes de ces fruits, aussi fraîches que quand elles souriaient au soleil d'automne. Mais de tous les luxes gastronomiques, le plus estimé sans contredit par les naturels est la graisse de renne crue; un Indien ne peut donner à son hôte européen un plus évident témoignage de sa haute estime que de lui en offrir un morceau.

Les huttes sont ordinairement souterraines, la toiture seule s'éiève au-dessus du niveau du sol; on y entre par une sorte de tunnel, un trou pratiqué au plafond laisse passer la fumée. Quand il n'y a pas de feu à l’intérieur, cette ouver-

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