‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 88 sur 196 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

nuit des plus inquiètes, ayant à préserver de ces dents affamées, non-seulement notre lard, mais encore nos fourrures, nos bottes, et même les harnais des traineaux.

28 octobre, — Ce matin, au lever du jour, nous constatons la disparition de quatre de nos chiens; dégoûtés de servir des maitres qui ne les nourrissent pas, ils ont déserté dans la nuit, sans doute pour retourner au poste russe. Le temps est clair, le froid vif (20° centigrades), nous partons de bonne heure et nous atteignons le, village, après avoir passé à distance respectueuse de la masse liquide qui nous avait arrêtés hier soir. Plus d’une fois nous entendons la mince couche de glace craquer sous le poids de nos traineaux; nous craignons à chaque minute de faire un plongeon, mais nous redoublons de vitesse, et bientôt nous avons franchi le difficile passage.

Sur la rive droite du fleuve, nous apercevons un groupe de maisonnettes de bois, la plupart de forme ronde, avec une

Plan d’une hutte d'indigènes.

petite porte et un trou au toit pour le passage de la fumée; c'est un village d’été indien. Derrière chaque cabane, s'élève sur des poteaux la cage à poisson, telle que je l'ai déjà décrite.

La rive gauche avait été choisie par les indigènes pour leurs quartiers d'hiver ; çà et là s’élevaient, pareils à des taupinières gigantesques, les dômes de quelques maisons souterraines. Ce sont tout simplement des caves, plafonnées en forme de voüte et couvertes de pisé. Une grossière hutte de planches

protége l'entrée de ces demeures, dans lesquelles on pénètre par une sorte de tunnel. Sur l'invitation d’un indigène nommé Amilka, nous nous aventurons dans l’étroit passage; par bonheur le temps est sec, mais la moindre humidité transforme le couloir en égout. Rampant sur les genoux et sur les mains, nous arrivons enfin dans la chambre ; notre hôte en met courtoisement la moitié à notre disposition, et nous y étendons nos peaux de renne, non toutefois sans avoir préalablement purgé le sol de toutes les immondices qui le recouvraient.

2 novembre. — Plusieurs d’entre nous ont passé en cet endroit quelques jours pendant lesquels leur unique ressource contre l'ennui a été d'étudier les coutumes des habitants. Leur tenue n'était pas mauvaise, et leur humeur assez hospitalière, mais quelques-uns de leurs usages étaient d'une malpropreté à faire lever le cœur.

Ce village, appelé par les Indiens Igtigalik, est connu des Russes sous le nom de Nove-Ouloulouk; les indigènes qui l’occupent n'appartiennent pas à la même tribu que ceux d'Ounalatchlit, ce ne sont pas des Malemoutes, mais des Indgelètes. Bien qu’ils ne soient éloignés des côtes que de vingtcinq milles, ils parlent un dialecte tout différent, et qui offre une grande analogie avec celui des Co-Youkons. Les femmes sont jolies, les hommes grands, bien faits, intelligents et pleins de bonne humeur. La polygamie est autorisée, mais la pauvreté des habitants leur permet rarement ce luxe; en revanche, il n’est pas rare de voir un mari répudier sa femme et en prendre une autre, si elle est demeurée stérile ou bien si elle a trompé ses espérances paternelles en lui donnant trop de filles, article fort déprécié dans le pays.

Une grande animation régnait dans toutes les demeures, car l'entrée de l'hiver est l’époque où l'on tresse les paniers destinés à recevoir le poisson, où l'on fabrique des piéges, des raquettes et des traîineaux.

Tous, très-occupés de leur besogne, sont donc réunis au-

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