CHAPITRE XW
Liquide. Ces ruisseaux fourmillent de vers rouges, et sans la précaution qu’il a prise, il risquerait d’en avaler.
Après avoir franchi un portage, nous traversons un petit bois coupé de clairières. À quatre heures de l'après-midi, nous arrivons au pied de la Versola Sofka. Nous campons près d’une grande rivière, qui est entièrement gelée; un feu splendide réchauffe nos membres, et un paravent de toile, attaché à des arbres derrière notre campement, nous protège contre le seul ennemi que nous craignions, le vent froid du nord.
L'expér'ence nous a convaincus d’un fait qui, tout d'abord, serie ï1 7 .isemblable : c'est que, dans la saisor. où nous sommes, on est mieux pour dormir à ciel ouvert que sous une tente: en effet, on peut alors, sans crainte d'incendie, s'établir tout près du feu, tandis que sous un pavillon de toile soudronnée, il faut se passer de ce confort. Après avoir déchargé les traïîneaux autant qu'il est nécessaire, et donné la pâlure à nos chiens, nous nous dépouillons de nos chaussons de fourrures et de nos bottes de peaux, que nous mettons sécher devant la flamme, car l'humidité les a pénétrés. Pendant ce temps, le guide est allé creuser un trou dans la glace du ruisseau le plus voisin afin de remplir les gourdes ; un de nous coupe les tra ichies de lard, un autre prépare le thé, un troisième fait du ci: mijoter un appétissant ragoût de renne séché, ou rit. 11. cui; de bruyère. Bientôt le festin est prêt, nous le dévorons + l:lles dents; puis nous fumons une pipe en action de grâces, et nous allons nous étendre près du foyer, enveloppés dans nos couvertures; quelques minutes après, nous nous endormons sous le calme regard des étoiles qui, du haut de la voûte éthérée, contemplent, faute d'un Siectale plus digne d'elles, notre modeste petit campement.
A uotre révei!, nous trouvons notre haleine condensée en forme de petits ‘cons sur nos moustaches et autres appendices chevelus ; !':ici peut être pittoresque, mais ce masque rigide, qui nous empêche de remuer un muscle, est fort peu
commode : aussi plusieurs d'entre nous prennent-ils aussitôt le parti de se raser complétement. L’habitude de porter de la barbe est dans ce climat, non-seulement gènante, mais dangereuse, Un marchand que j'ai rencontré à Pétropaulovski l’année dernière a failli mourir étouffé par le plantureux ornement qui couvrait ses lèvres et son menton. S'étant égaré dans un bois, il avait passé toute la nuit au milieu des broussailles, sous une bise de décembre; le froid et la fatigue l'avaient engourdi, et le matin, quand ses amis inquiets étaient, parvenus à le rejoindre, il avait la bouche et les narines presque entièrement ! ‘s par la glace qui s'était attachée à sa barbe. Pour nous, ie feu du campement nous préserve d’un pareil danger; après avoir brisé, non sans peine, les capricieuses arabesques qui s’enchevêtrent sur notre visage, nous procédons à notre toilette, opération fort simple, car elle consiste uniquement à prendre un peu de neige dans le creux de la main et à nous frotter la figure avec ce rafraichissant cosnétique. Un déjeuner, rapidement préparé, avalé mon moins rapidement, nous prépare aux fatigues du jour, puis nous nous remettons en route, reposés et de joyeuse humeur. Une fois ou deux, il nous est arrivé cependant de faire un repas du matin plus long et plus substantiel. Nous avions, la veille au soir, mis à l’étuvée un quartier de renne, il avait bouilli à petit feu toute la nuit: le lendemain, à notre réveil, il était cuit à point.
Nous quittons Versola Sofka dans la matinée du 7 novembre; au moment de recharger les traineaux, nous nous apercevons que le poids des bagages sera trop lourd pour nos chiens, déjà très-fatigués; en conséquence, nous plantons en terre quelques pieux, auxquels nous suspendons les colis que nous sommes obligés de laisser en route. Souvent il nous est arrivé d'abandonner ainsi sur le chemin des sacs contenant de la farine, du thé, du lard et autres provisions, mais je dois le reconnaître, toujours nous les avons retrouvés intacts, quoique bien des Indiens fussent passés devant
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