CHAPITRE XVI
SÉJOUR A NOULATO.
Les premiers explorateurs de l'Youkon. — Noulato. — Notre loge : méix — Comment se fait notre approvisionnement de liquide. — Engins de pêche. — Manière de prendre des esquisses en hiver. — Gelées. = La journée la plus froide de l'année, — Fête de Noël, — Aurore boréale,
Les employés de la Compagnie russe-américaine peuvent certainement revendiquer l'honneur d'avoir, les premiers, exr'aré le bassin de l’Youkon. En 1838, Malakoff visita la région même où s'élève aujourd'hui Noulato; Derabin, quelques mois après, reconnut à son tour le pays, el commença, Uüois ans plus tard, la construction du fort ; enfin, au printemps suivant (1843), Zagoskin, officier de la marine russe, s'y rendit par la route du golfe de Norton!
Noulato est, de tous les postes que possédait la Compagnie russe-américaine, le plus Septentrional et le plus avancé dans l’intérieur des terres. Sa latitude, d'après Zagoskin, est 64° 4£°, sa longitude, 155° 38. Il est construit sur la rive nord de l'Youkon, au milieu d'une sorte de plaine que borne au
1. L'ouvrage de Zagoskin renferme presque tous les renseignements que nous possédons sur le bas Youkon. Il en a été publié une traduction allemande,
232 YOYAGES DANS L'’ALASKA.
sud-ouest la rivière Noulato, un des affluents du grand fleuve.
Un courant plus petit forme la limite au nord-est. Des bois, qui renferment des arbres assez grands pour les besoins de la construction, se trouvent à peu de distance du fort; le sol, argileux au fond, recouvert à la surface d'une couche d’humus, est assez fertile; d'innombrables baies mürissent pendant le court espace de l'été, un épais gazon réjouit partout le regard.
Le fort ressemble aux postes russes que j'ai déjà décrits: il a de plus deux tours de garde, une palissade l'entoure; la porte est toujours fermée à la nuit, et par surcroît de précaution, les Indiens ne peuvent, même le jour, pénétrer dans l'enceinte, s’ils sont en grand nombre. Le bâtiment de planches que nous occupions formait l’une des ailes du fort. Les fenêtres de notre chambre avaient, en guise de vitres, des vessies de phoques, et comme la durée des jours était maintenant de deux heures à peu près, on devine que la lumière dont nous jouissions n’était pas des plus splendides. Enveloppés dans nos couvertures fourrées et dans nos pelleteries, nous dormions sur une plate-forme élevée de deux pieds au-dessus du sol que nous avions recouverte de mousse, de paille et de peaux. Quoique la pièce fût assez bien chauffée, la partie la plus rapprochée de terre était parfois excessivement froide, Je suspendis au plafond des vêtements humides que je voulais faire sécher; il s’en échappa aussitôt une vapeur épaisse; je les ôtai pour les étendre à un mètre du sol; l’eau qu'ils renfermaient se congela, et tout autour, je vis se former une frange de glaçons. Surpris d'une telle différence de température, je renouvelai l’expérience avec un thermomètre; il marqua sur le plancher 15° cent. au-dessous de zéro, et près du plafond 18° cent. audessus.
Nous tirions chaque jour de l’Youkon notre provision d'eau ; les Russes avaient pratiqué à cet effet dans la glace
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Piéges à poisson sur l'Youkon.