‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 3 sur 72 · LES MINES D'OR DU CARIBOU · texte numérisé non relu

LES MINES D'OR DU CARIBOU

bâlie, mais qui, comme toutes les cités d’un développement trop hâtif, porte la trace d’une décrépitude précoce. La découverte des mines d’or de la Colombie britannique lui avait donné une impulsion puissante; mais elle a bien perdu aujourd’hui de son éclat passager. Les gens que l'exploitation des mines a enrichis l’ont presque tous quittée. Au moment du voyage du Whymper, la population sédentaire se composait presque exclusivement d'employés de la Gompagnie anglaise de la Baie d'Hudson. Cette grande société commerciale, dont l’origine remonte à 1670, a fait construire à Victoria d'immenses magasins et des quais superbes ; elle se livre, non seulement au commerce des fourrures, but de sa fondation, mais encore aux spéculations les plus diverses.

Le 16 mars 1864, Whymper s’embarqua à Victoria pour gagner l'estuaire de Bute (Bute-Inlel)', se proposant d’explorer les mines d’or du Caribou*, cet eldorado de la Colombie anglaise, qui a fait quelques heureux et un si grand nombre de victimes.

« Le Caribou cependant, dit notre voyageur, possède des richesses considérables. On cite telle société qui en un seul jour a extrait deux mille huit cents onces, un peu plus de 713 kilogrammes d’or. J'ai moi-même tenu dans mes mains deux cents onces (5 kilogrammes 600 grammes) d’or qu’on m'assura être le produit de huit heures de travail. De pareils faits, présentés au public sans autre explication, sont dé

4. L'estuaire ou ford de Bute s'ouvre sur la baie de Georgie, en face de l’ile de Valdy, qui lui cache la vue des côtes de Vancouver. Très profond, très pittoresque, bordé de montagnes neigeuses de.2000 à 2500 mètres d'altitude, il reçoit à son extrémité nord la rivière Homattico.

2, En anglais Gariboo, district de la Colombie britannique; les mines se trouvent à 240 kilomètres de la côte.

3. Pendant la première semaine de juillet 1865, la compagnie Ericson retira 1400 onces (396 kilogr. 600 gr.); les huit jours suivants furent encore plus productifs : l'extraction atteignit 1926 onces (55 kilogr. 700 gr.), représentant une valeur de 150 000 francs. Le fait fut d'autant plus remarqué, que jusqu'alors on regardait cette localité comme complètement dépourvue de minerai aurifère,

16 FRÉDÉRICK WHYMPER.

nature à séduire les esprits aventureux. Mais quand on examine les choses de près, on ne tarde pas à s’apercevoir que bien des ombres se mêlent à ces brillantes perspectives.

« Les dépenses d'exploitation sont d'ordinaire fort lourdes; c’est seulement après un travail prolongé pendant deux ou trois saisons que la mine commence à donner quelque profit. En attendant, il faut vivre. Les denrées les plus indispensables, la viande et le pain par exemple, se vendent cinq francs la livre; quant à la main d'œuvre, elle est d’un prix exorbitant; la journée d’un homme se paye plus de cinquante-quatre francs!

« Les pionniers les plus hardis, ceux mêmes qui se sont endurcis à la fatigue dans les gisements californiens, ne parviennent pas tous, tant s’en faut, à faire fortune. La fin déplorable des mineurs qui ont découvert Williams-Creek, la plus riche vallée du Caribou, montre combien il est difficile, même dans les circonstances les plus favorables, de réussir en ce pays. L’un d’eux, Allemand nommé Wilhelm Dietz, brisé par le travail et les privations, fut réduit à vivre de la charité publique; un autre, Écossais de naissance, mourut de faim dans les bois. Son cadavre, découvert quelques jours après par ses camarades, portait la trace des convulsions d’une horrible agonie. Sa main crispée serrait encore la gourde d’étain sur laquelle le malheureux avait essayé de graver avec un couteau le triste récit de ses souffrances. »

A l’emboucliure de l’'Homattico, qui se décharge dans l’estuaire de Bute, Whymper quitta le navire et, en compagnie d’un ingénieur distingué, M. Alfred Waddington, chargé de la construction de la route conduisant aux mines, il entreprit son exploration.

Le chemin que suivaient les voyageurs traversait une magnifique forêt de cèdres, de sapins, de pins Douglas, dont

1. L'arbre que l’on nomme cèdre sur ces côtes est le Thuya gigantea des bo-

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