‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 30 sur 72 · RER IA · texte numérisé non relu

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saurait donner à son hôte européen un plus haut témoignage d'estime qu’en lui en offrant un morceau.

Généralement les huttes sont souterraines; la toiture seule s'élève au-dessus du sol. On y entre par une sorte de souterrain ; la fumée du foyer s'échappe par un trou percé dans le plafond. Quand on ne fait pas de feu, ce trou est hermétiquement bouché à l’aide d’une peau.

À côté des habitations s’élève une estrade où sont suspendus la fourrure et les poissons. Les provisions sont emmagasinées dans une petite cahute en bois perchée sur quatre pieux, ce qui les met hors de la portée des chiens et des bêtes fauves ; on arrive à cette cahute par une à anche entaillée en forme d'échelle.

L'hiver se passe gaiement à Ounalatchlit, Whymper assista à plusieurs bals et constata avec surprise le plaisir toujours renaissant que les vieillards prenaient à ces exercices monotones.

Les exécutants s’amusaiont parfois a imiterles mouvements des oiseaux et des quadrupèdes, ce qui provoquait chez les spectateurs une formidable explosion d’hilarité.

Whymper raconte ainsi une de ces fêtes indigènes.

€ Après avoir franchi la porte d'entrée, je m’engageai dans un étroit couloir, haut tout au plus de 90 centimètres, le long duquelii me fallut ramper pour gagner l'unique chambre de l'habitation, située sous le sol et faiblement éclairée par des lampes alimentées d'huile de Ssleine,

«Les Peaux-Rouges qui devaient prendre part à la danse étaient activement occupés à leur toilette, arrangeant leurchevelure et baïgnant leur visage dans le liquide nauséabond qui joue un si grand rèle chez les indigènes. Tous étaient nus

jusqu'à la ceinture ;ils avaient orné leurs pantalons de peau de phoque de queues de loups et de chiens; des plumes et des mouchoirs de coton leur composaient de fantastiques coiflures, Les vicillards, assis sur des bancs autour de la salle

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jetaient sur les préparatifs des regards approbateurs, tout en fumant de longues pipes dont la vapeur, avalée lentement, leur procurait peu à peu une profonde ivresse, Pendant ce temps, les femmes allaient et venaient, apportant d'énormes contogs (vases de bois) pleins de baies et de poissons bouillis.

« Bientôt un profond silence se fait dans la salle. Les acteurs se forment en carré ; chacun d’eux élève successivement vers les quatre points cardinaux, puis vers leciel, le vase qu’il tient à la sain et pousse un sifflement aigu. Cette cérémonie figure probablement une offrande propitiatoire aux saisons et au Grand Esprit.

« Le rite religieux terminé, le banquet commence, accompagné d’un concert de voix gutturales et de gongs ou plutôt de tambours de basque, car les instruments indigènes sont faits de membranes intestinales de phoque tendues sur un cercle de bois; onles frappe avec un bâton plat. Quant aux paroles du chœur, je n’en pus distinguer que le refrain : Young, iya, iya, iya, répété à chaque instant.

« Tout à coup, un jeune garçon sortit des rangs et bondit au milieu de la chambre ; un autre le suivit, puis un autre encore, jusqu’à ce que vingt environ fussent réunis en cercle. Tantôt ils s’embrassaient étroitement, comme poussés par une action magnétique, tantôt ils s’éloignaient l’un de Pautre avec des gestes furieux. Leurs poings fermés, leurs yeux étincelants exprimaient Pindignation la plus vive; puis leurs bouches contractées s’élargissaient en un sourire, leurs bras r’ouvraient ; les ennemis de tout à l'heure étaient devenus des frères qui se félicitaient ensemble d'un bonheur domestique.

« Pendant les entr’actes de la fête, de petits présents étaient offerts à la ronde à tous les étrangers; j’eus, pour ma part, une paire de semelles en peau de phoque.

« La chaleur était devenue intense; la réunion de tanl

d'êtres humains d’une. propreté plus ou moins douteuse, l'odeur fade du plat de poisson, le tout réuni dans une salle hermétiquement close, rendirent bientôt l’atmosphère si suffocante, que nous nous esquivames doucement l’un après l’autre; mais nos hôtes restèrent bien des heures encore à savourer les plaisirs de la fête. »

Les Mameloutes et les Kaviks appartiennent à une race grande et belle; il n’est pas rare de rencontrer parmi eux des hommes de 1",80 à 2 mètres; presque toutes les femmes sont fort grosses et paraissent jouir d’une santé robuste; la franchise et la gaieté se peignent sur tous les visages. En somme, ces indigènes sont de beaucoup supérieurs à la moyenne ordinaire des Peaux-houges.

Dès leur arrivée à Ounalatchlit, les membresde l'expédition éprouvèrent, autant par curiosité que pour se garan!ir du froid, un vif désir d'acheter des vêtements de peau. Devant ces demandes imprévues, 1e prix des pelleteries haussa subitement de 200 pour 100. Cette fièvre, à laquelle Whymper donne plaisamment le nom de paskamanie (paska, en russe, signifie tunique de peau), fut une source de bénéficesconsidérables pour plusieurs trafiquants européens mariés à des femmes indigènes. Tandis que les doigts agiles de leurs ménagères confectionnaient, du matin au soir, jaquettes, bottes, casquettes et chaussons, ils faisaient le commerce et récoltaient une ampie moisson de dollars américains (environ 5 fr. 30).

Les voyageurs ne tardèrent pas à connaître aussi bien que les marchands les noms et les qualités des diverses pelieteries. Le renne seul fournit trois variétés bien distinctes : celle du mâle, nommée, en russe, alany scowra, qui est garnie d’un poil épais; celle du védérist ou jeune faou, plus fine et plus soyeuse ; enfin, le vépera! ou petit mort-né, dont la fourrure est très estimée. En même temps ils s’exerçaient à écorcher le russe ou plutôt le patois en usage dans la basse classe et parmi les métis de l’Alaska.

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Pendant la plus grande partie du séjour de Whymper : Ounalatchlit, le temps fut très mauvais; le vent soufflait du nord et la neige tombait avec abondance. Cependant le thermomètre ne descendit jamais plus bas que 15° au-dessous de zéro. Au moment des tourmentes, il remontait et ne marquait que 2° ou 3° au-dessous de zéro.

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