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REMONTE DU YOUKON EN CANOT. 133 nous avons grand besoin, car la pluie tombe sans interruption.
«27 mai. — Nous avons emporté une corde de halage, mais je ne siis quand nous pourrons nous en servir; les rives sont complètement submergées. Aujourd’hui, du reste, la navigation devient moins difficile; les iles nombreuses éparses dans le lit du fleuve rompent la violence du courant; nous bérissons ces obstacles salutaires, mais le plus souvent nous ne les voyons pas : iis sont enfouis sous les eaux, et c’est à peine si le sommet de quelques arbres plus élevés que les autres, rasant notre barque, nous signale leur présence. À midi, nous arrivons au confluent de la rivière Co-Youkouk, près du village du même nom. Un dé nos bateliers indigènes est de ce pays; nous faisons halte dans sa hutte et nous achetons pour notre déjeuner un magnifique brochet. Comme nous revenons au logis avec notre emplette, nous apercevons, derrière une des habitations indigènes, un cerceuil élevé sur
. des poteaux et entouré d’une palissade; un drapeau se ba-
lance au-dessus.
« La sofka (montagne) Co-Youkouk prolonge ses derniers contreforts jusqu’au Youkon. Dans cette masse granitique, qui a la forme d’une citadelle, les couches géologiques sont disposées perpendiculairement, au lieu de l'être horizontalement comme il arrive d'habitude. A l'endroit où le fleuve vient baigner sa base, les eaux forment un rapide très dangereux ; pour l’éviter, nous traversons de nouveau le Youkon, qui fait ici un grand coude vers l’est.
« Nous passons devant plusieurs campements indiens; bientôt nous sommes escortés par une flottille d’embarcations qui se rendent aux villages de Noucloukayette et de Néhouicargout. Les canots se composent d’une solide charpente de saule recouverte d’écorce de bouleau; ces embarcations ont une longueur qui varie de 2 mètres et demi à 5 mètres, suivant qu’elles sont destinées à recevoir une ou trois per-
134 FRÉDÉRICK WIHYMPER.
sonnes. Les bandes d’écorce sont cousues ensemble à l’aide de minces racines de sapin, et calfatées avec de la résine. Quand les sauvages découvrent une voie d’eau, ils descendent au rivage, allument du feu, font chauffer la résine, dont ils ont toujours une provision, mettent la brque sens dessus dessous, etenduisent la couture avec le baume salutaire devenu presque liquide. Ils se servent habituellement d’une pagaie simple; les doubles, pareilles à celles que le Groenlandais emploie pour manœuvrer son kayai, sont fort peu en usage. Souv dans les bas-fonds, ils n’ont pas du tout recours à la rame, mais simplement à des pieux, et ils se tiennent debout pour les manœuvrer.
« Les Co-Youkons se sont approvisionnés d’un peu de viande ; mais ils comptent surtout sur les hasards de la route pour se procurer les vivres dont ils ont besoin. Ils entourent notre camp, jetant sur les bagages des regards avides. Nous feignons de ne pas nous en apercevoir, car nous nous sommes fait une loi de ne rien donner qu’à ceux qui nous rendent des services. Le nombre en est plus grand qu’on ne pourrait croire. Les indigènes que nous avons engagés se fatiguent vite, et nous sommes souvent obligés de prendre des rameurs supplémentaires. En général, les Indiens ne sont pas capables d’un effort prelongé; ils font grand bruit pour quelques ampoules insignifiantes que le maniement inaccoutumé de la rame a produites sur leurs mains. Pourtant nos hommes se comportent mieux que je ne m’y étais attendu, l’Indgelète Mikechker est un garçon plein de bonne volonté toujours prêt à s'offrir chaque fois qu’il peat être utile. Qu ‘are ;-uns des Indiens qui voyagent avec nous ont des tentes de coutil qu’ils ont faites eux-mêmes, sur le modèle de celles des Russes.
« Ivan vient le soir nous apporter quelques œufs de :anards sauvages que lui ont vendus les indigè res; &’esi un objet de luxe, car on en trouve fort peu dans ie pays. “1 campons
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