‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 52 sur 72 · REMONTE DU YOUKON EN CANOT · texte numérisé non relu

REMONTE DU YOUKON EN CANOT

milieu du courant; elle glisse légèrement à la surface en suivant une ligne droite, nous l’observons de loin et nous calculons à quelle distance du canot elle va passer; tout à coup elle rencontre un tourbillon, tournoie, enfonce, se relève, puis se met à prendre une direction toute différente. Ces amas

castor de la grand e sont ares, ils > chère

cessité.

neilles,

chose.»

a nourrégions, es indiles rend donnent le mort. la végés sapins

SAC D'INDIGÈNE YOUKON.

ous sont flottants, qui heurtent l’embarcation, mettent à chaque inrmes ra- stant notre vie en danger; par bonheur, Kouriler est un timos formés nier admirable; aucun péril ne trouble son sang-froid, et son des mor- aitention ne se laisse jamais distraire.

pidité au «€ 2 juin. — De hautes montagnes dessinent au nord-nord-

nt marmmmttmnenns me

mr mme rate

138 FRÉDÉRICK WHY MPER.

est leurs sommets baignés par les premiers rayons du jour; les naturels donnent à cette chaîne le nom de Souquonyilla. Nous marchons encore l’espace de 4 kilomètres et nous nous trouvons au confluent d’un large cours d’eau, le Mélozécargout‘. Près de là nous rencontrons un objet qui excile vivement notre curiosité. C’est un tronc d'érable; nulle part aux environs nous n’avons aperçu un seul de ces arbres, et les indigènes nous assurent que pour en trouver il faut remonter le Youkon jusqu’au fort Selkirk. Ce morceau de bois a donc parcouru une distance considérable; il vient peut-être des sources du fleuve.

€ La température est devenue étouffante ; force nous est de suspendre notre marche pour dormir quelques heures sur le rivage. Nous reprenons notre route quand la nuit se fait, préférant, par cette chaleur torride, voyager la nuit que le jour. Le le’ demain matin, nous établissons notre campement près de celui des Russes, en face du confluent de la Néhouicargout, qui forme l’une des stations les plus importantes du fleuve. Le chef de la tribu vient, le soir, nous trouver pour nous inviter à nous rendre dans son village, offre que nous nous empressons d’aceepter. Traversant un goulet assez étroit sur la rive sud-est du Youkon, nous entrons dans une sorte de baie où se déverse la rivière Néhouicargout. C’est là que se trouve la bourgade; nous la saluons par une décharge de revolvers, de carabines, de fusils, à la grande joie des habitants, qui sont, comme tous les indigènes, passionnés pour la détonation des armes à feu, et qui nous rendent sans retard le compliment. Notre factotum Kouriler ne se possède plus; enivré par l’odeur de la poudre, il tire sans cesse, si bien que, pour mettre un terme à ses prodigalités, nous le menaçons de confisquer ses munitions.

4. Dans l’idiome co-youkon, la terminaison cargout signife petite rivière; mais si le Mélozécargout, comparé au Youkon, semble étroit, il n’en à pas moins, aux yeux d’un Européen, des proportions fort imposantes.

jour; nyilla.

s nous zécar-

vive-

part ‘es, et ut rebois a ut-être

est de sur le se fait, que le pement \éhouintes du er pour 1e nous > étroit ne sorte t là que harge de es habiés pour sans r'epossède cesse, si , nous le

ite rivière; \pas moins,

LES INDIENS NÉHOUICARGOUTS. j 139

« Cent cinquante Indiens environ, parés et peints avec une grande recherche, sont venus dans ce village pour vendre leurs fourrures; presque tous portent la tunique à double pointe ornée de dessins de perles ; ils ont des poires à poudre, des gaines de couteau, des ceinturons délicatement travaillés. Ils vivent sous des tentes en coutil de coton qu'ils fabriquent eux-mêmes, ou dans des huttes formées de pieux qui soutiennent une toiture de rameaux verts, de bandes d’écorce et de peaux. Des feux sont partout allumés pour tenir les moustiques à distance. La température est très chaude; le thermomètre marque 22° à l'ombre.

« Pendant que les Russes font marché avec les indigènes pour des fourrures de castor, de martre, etc., Dall leur achète de la viande séchée, de la graisse et ue sorte de pemmican ‘ indigène. Nous avons partagé entre nous les soins du voyage : il s’est chargé des approvisionnements; je dirige nos hommes, je règle les haltes, j’organise les campements. Nous faisons emplette d’un canot supplémentaire, et nous engageons deux Indiens pour le manœuvrer'; il doit servir comme de tender, ou, si l’on aime mieux, de magasin à notre petit convoi. Nous ne sommes pas bien pourvus d'articles d'échange, et il faut que nous en trouvions une assez grande quantité pour payer nos achats, pour faire des présents aux chefs. Nous battons monnaie avec des chemises, des chaussons, des gaines de couteau, etc.

« Le chef de Néhouicargout me demande ma serviette et mon pain de savon; je m’empresse de les lui donner, car il nous a été fort utile pour les marchés que nous venons de conclure. Son avidité cependant n’est pas satisfaite : il aperçoit ma brosse à dents et veut aussitôt lavoir, comme je n’en ai qu’une seule, je réponds par un refus formel. Ces petits objets ont le privilège d’exciter la convoitise des indigènes,

4. Viande crue séchée au soleil ou au-dessus du feu, et qui se conserve indéfiniment.

149 FRÉDÉRICK WHYMPER.

quoiqu’ils en ignorent absolument l'usage. Pendant que J'étais dans le Caribou, un mineur indien profita de mon absence pour s'emparer de ma brosse à dents, avec laquelle il se mit à nettoyer des spécimens de quartz. À mon retour, le trouvant livré à cette occupation, je manifestai d’une manière non équivoque ma mauvaise humeur. « Il n’y a pas de mal, répondit-il,si vous voulez vous en servir, je vais vous larendre. » Je l'assurai que désormais je n’en avais plus besoin. J'engage donc les voyageurs qui visitent ce pays à veiller avec le plus grand soin sur leur outillage de toilette ou à prendre tous ces brimborions par douzaines.

« Pendant la soirée du 4 juin, nous assistons à une scène fort curieuse de médication indigène. Un Co-Youkon, nommé Larrione, a entrepris de guérir un de ses parents atteint d’une affection de poitrine. La moitié du village au moins est réunie sur la place autour du malade ; un feu à demi éteint, placé au milieu de l'assistance, jette de pâles clartés. A l’arrivée du docteur, ou plutôt du magicien, les naturels se mettent à chanter en chœur, d’une voix basse et triste, une espèce d’invocation, Pendant ce temps, Larrione accomplit un rite compliqué, dont, par ménagement pour le lecteur, je me garderai de décrire tous les détails. Grâce à la puissance de ses sortilèges, il réussit à chasser le mauvais esprit du corps du malade; mais le démon veut ressaisir sa proie, le magicien lutte avec son invisible adversaire et fait mine de le jeter dans les flammes; vaincu dans ce combat simulé, il se mel à courir çà et là avec des gestes de terreur et de désespoir. C’est lui qui est maintenant possédé par l'esprit des ténèbres; il gesticule avec frénésie, pousss des hurlements, l’écume blanchit ses lèvres, ce qui ne l'empêche pas de mêler un récitatif cadencé aux plaintes du chœur. On eût dit une scène d’évocation des drames de Shakespeare; les lueurs vacillantes du feu, les gigantesques sapins qui, mal éclairés par un faible crépuscule, semblent tendre vers nous leurs

Des LE TL RETE TU 7 ; me ur af 2 ww

vous plus ays à

ssance rit du proie, ine de rulé, il désesrit des ments, mêler lit une lueurs clairés s leurs

Page 1