RUSSES ETES
vivres; les Indiens, quoiqu’ils aient l'estomac vide, n’en continuent pas moins à chanter et à danser avec un entrain ad-
ention de mirable; ils savent, du reste, que la saison de la chasse à nous, ils l'élan approche et qu'ils pourront se dédommager de la 1 compli- maigre chère à laquelle ils sont maintenant réduits.
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« 9 juin. — Nous nous attendions à rencontrer ici un
la bien- À métis nommé Antoine Houle,.qui remplit au [fort Youkon
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l'office d’interprète; malheureusement pour nous, il a terminé très promptement ses transactions commerciales et il a quitté le village avant-hier. Son empressement à s'éloigner de cette terre de disette se comprend facilement ; il ra pu sans doute se procurer la moindre provision. Dès notre arrivée, nous avons envoyé à sa poursuite un Indien chargé, non de le ramener ici, mais de lui demander simplement de nous attendre pour faire route avec nous; cet homme vient de nous apprendre qu'il n’a pu réussir à le rejoindre, Houle ayant trop d'avance sur lui. La véritable raison, c’est que notre messager s’est arrêté en route pour luer deux élans.
« Nous devons aujourd’hui nous séparer de nos amis les Russes. Nous les remercions chaudement de leurs bons offices et, à trois heures de l’après-midi, nous montons à bord du baidarre. Un de nos rameurs de Néhouicargout a refusé d'aller plus loin, nous le remplacons par un indigène de Noucloukayette, vigoureux camarade à la mine ouverte et intelligente, qui, nous assure-t-on, connaît parfaitement la navigation du fleuve. Plusieurs canots nous accompagnent; tous sont pourvus d’un large vase de bois plein de cendres d’où s'échappe une légère fumée; ce procédé a l'avantage d’éloigner les moustiques et de permettre aux voyageurs d’allumer promptement du feu lorsqu'ils veulent descendre au rivage.
« Parmi les Indiens qui nous escortent se trouvent cinq ou six Tananas. Leur mine en ce moment, j'ai regret de ledire, est assez piteuse, ils se sont dépouillés des grandes plumes qui formaient un orgueilleux panache au-dessus de leur tête, l'humidité a transformé en [boue l'argile des aigrettes, des flocons de duvet se mêlent à leur chevelure souillée. La première fois que j'en vis un en cet état, je le supposai atteint de quelque maladie dégoûtante; je lui donnai un morceau de savon, en lui recommandant de ne s'approcher de moi que lors-
qu’il se serait lavé avec soin. L’Indien prit le savon en sou-
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LES INDIENS TANANAS, : 151
riant de mon ignorance, et se retira. {1 se garda, cela va sans dire, de suivre mon conseil; peut-être même n’avait-il jamais vu de savon.
« Immédiatement au-dessus de Noucloukayette, le Youkon diminue de largeur : des collines boisées, des rochers abrupts resserrent son lit. Comme nous ne sommes plus en compagnie des Russes et que nous pouvons régler la marche à notre gré, nous décidons de voyager exclusivement pendant la nuit ou pendant le crépuscule qui en tient lieu. Deux hommes manœuvrent le canot d’écorce, nous pouvons au besoin renouveler l'équipage du baidarre, et nous avançons rapidement. Les embarcations de bouleau sont très faciles à conduire: aussi doit-on les préférer à toutes les autres, du moins pendant l'été, mais elles seraient trop fragiles au printemps, lorsque le fleuve n’est pas cemplètement libre de glaçons.
« Les chiens des [Indiens qui nous accompagnent font la plus. grande partie du voyage par terre, et ce n’est pas pour eux une mince fatigue que de tourner autour des rochers dont les. rives sont fréquemment hérissées. Quand nous passons d’un bord à l’autre du fleuve, ils nous suivent à la nage, parfois. sur un espace d’un kilomètre à travers de violents rapides. La condition de ces animaux est cependant meilleure que dans les forts, où on les laisse, en été, pourvoir eux-mêmes à leursubsistance, Ici nous les nourrissons toujours, souvent même fort abondamment. Ils nous sont, du reste, très utiles, carils parcourent sans cesse les bois à la poursuite de quelque gibier. Ce soir, ils ont dépisté un jeune élan qu’ils ont tenu en arrêt jusqu’à l’arrivée des Indiens.
« Dans la matinée du 10 juin, nous nous apercevons que notre embarcation a une voie d’eau occasionnée par le frottement contre les rochers. Abordant aussitôt sur la rive, nous. découvrons deux larges déchirures béantes. Heureusement les femmes de nos Indiens, qui suivent leurs maris, sont toujours prêtes à entreprendre ces radoubages à l’aiguille pour
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