SAN-FRANCGISCO. — MŒURS ET COUTUMES
« La dame habitait, dans un quartier aristocratique, un appartement d’une suprême élégance; son costume résumait tout ce que l’art de la couturière, du coiffeur, du bijoutier, du parfumeur a imaginé de plus délicat et de plus coquet. Quelques minutes de conversation suffirent à prouver au visiteur qu’il s'était complètement mépris sur l’état des choses ; le subalterne dont il s'agissait d'accepter ou de refuser les offres, c'était lui-même et non pas la grande dame qui, nonchalamment assise dans un fauteuil, non seulement ne répondait à aucune des questions qui lui étaient adressées, mais qui, au contraire, interrogeait avec le ton dédaigneux d’un marchand de chevaux examinant une bête fourbue.
« Où demeurez-vous ? dit-elle enfin.
— Près de la Mission Dolorès', madame.
— C'est loin du quartier fashionnable, trop loin, j'en ai peur, pour que je me décide à y résider. Combien avez-vous d’enfants ?
— Quatre, madame.
— Quatre ! c'est beaucoup trop.
— Je le comprends, madame, répliqua le visiteur d'une voix soumise et humble, tout en prenant son chapeau, mais ne pourriez-vous pas en tolérer deux ou trois ?
— Peut-être en effet y conseniirais-je; par malheur, vous en avez quatre.
— C'est vrai, madame; cependant, plutôt que de vous causer du déplaisir et de renoncer à vos précieux services, ma femme, j'en suis sûr, se résoudrait à en mettre un ou deux en pension.
— Vous m'insultez, monsieur! sortez! » s’écria la dame, en se levant et en montrant la porte d’un air empreint de dignité.
1. C'est le quartier situé autour de la mission de San-Francisco, fondée par les Espagnols en 1775. L'ancienne ‘église existe encore et renferme un grand nombre de manvserits curieux.
178 FRÊÉDÉRICK WHYMPER.
« L'habitant de San-Francisco se retira l'oreille basse; jamais il ne s'était senti aussi petit, aussi misérable ; il
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus
à chercher des servantes. »
Si le fait n’est pas vrai, il est au moins vraisemblable. A San-Francisco, on peut, mais rarement, se procurer les services d’une servante irlandaise; mais il est presque impossible de reacontrer une Américaine qui consente à s'engager en qualité de doinestique. Aussi, dans les maisons riches, remplace-t-on les servantes par un ou deux Chinois.
Il faut dire que, depuis quelques années, l’émigration chinoise en Californie est considérable. Cette émigration a donné à San-Francisco un cachet particulier, Partout on »oncuntre 12 Chinois : domestique, cuisinier, garçon de ferme, mineur, manœuvre, terrassier, il fait tous les métiers et il est employé d'autant plus volontiers que l’on a reconnu que, pour un moindre salaire, il produit plus de travail et résiste mieux à la fatigue que le blanc ou le noir. Habituellement, il est chargé des travaux de blanchissage ; et c’est un spectacle eu’ jeux, quoique peu fait pour charmer les gens délicats, que de le voir, debout près d’un fourneau plein de charbons enflammés, préluder au repassage des fines batistes ct des robes de mousseline en remplissant sa bouche d’une eau qu’il fait ensuite jaillir en pluie, à travers ses dents serrées, sur le délicat tissu.
Le quartier chinois de San-Francisco renferme des salles de bal, des maisons de jeu où l’on fume aussi l’opium, et des théâtres. Dans ceux-ci se jouent des pièces interminables. L'auteur ne craint pas de prendre à son berceau le héros dont il gloriñe les exploits, et de raconter, avec les plus minutieux détaits, tous les incidents de sa vie; aussi les représentations durent-elles plusieurs soirées.
Malgré les persécutions auxquelles ils sont en butte de la
’il fait sur le
salles et des nables.
héros lus mirepré-
le de la