SAN-FRANCISCO. — MŒURS ET COUTUMES
cains chargés de représenter les États-Unis en Chine et au Japon attendaient à San-Francisco le navire qui devait les transporter à destination, un magnifique banquet leur fut donné par la société chinoise. Le menu du repas comprenait des potages aux nids d’hirondelles, des ailerons de requins, des gâteaux au géranium et à la violette, du vin à la rose; sur la table figuraient, en même temps, les mets recherchés de notre cuisine, accompagnés d’un nombre illimité de bouteilles de Champagne. Au dessert, un loast d’un style tout oriental fut porté au ministre plénipotentiaire :
€ Nous souhaitons à Votre Excellence di: mille plaisirs exquis et un heureux voyage à l'empire des Fleurs. »
Quoique encore un peu mélangée, la société de San-Francisco est cordiale, gaie et sincère. Les aliforniens ont en horreur le ton et les airs des grands personnages; ils nomment cela « faire jabot », et conseillent à ceux qui seraient tentés de prendre ces manières passées de mode, d’aller éfaler ailleurs leur sottise importante. « Nous sommes d'humeur joyeuse, disent-ils quand on les interroge sur leur caractèr*; nous aimons à rire, » aflirmation qu'ils ne manquent pas de fortifier par l'inévitable you bet (vous pariez), formule qui joue, chez eux, un rôle à peu près semblable au savez-vous des Belges.
Les hommes ont l'habitude de se raser fréquemment ; aussi la ville est-elle pleine de boutiques de barbiers, salles hospitalières où l’on peut à la fois faire tailler ses favoris et cirer ses bottes. La modeste nature des services rendus par es établissements ne les empêche nullement de déployer un luxe extraordinaire. Sous ce rapport, la ville de San-Francisco laisse bien loin dérrière elles les cités de la confédération américaine. Ces magnificences se reflètent naturellement dans le langage : pas de taverne qui ne s’appelle « un salon », pas de boutique qui ne soit un « magasin ». On a trouvé aussi que les termes ordinaires ne sont pas suffisants
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pour dépeindre l'abondance des diners californiens; on à imaginé d'appliquer aux repas le mot square, qui jusqu’alors n’avait éveillé d’autre idée que celle d’une place ou d’un carré.
Hâtons-nous de dire que les gens bien élevés évitent d’employer ces expressions.
La société de San-Francisco compte dans son sein une foule de femmes dignes de respect par l’intelligence et par le cœur. À ces qualités morales les jeunes Californiennes joignent un autre mérite : c’est à elles que revient incontestablement la palme de la beauté, dans un pays célèbre pourtant par les charmes de ses filles; leurs mères, de leur côté, gardent dans la maturité de l’âge une fraîcheur et un épanouissement inconnus dans les États de l’Atlantique.
Aux premiers jours de la colonisation, certains habitants ont épousé, faute de mieux, leur blanchisseuse ou leur cuisinière. Ajoutons que les hommes ont, en général, un meilleur ton et des manières plus distinguées que les femmes. Toutefois, assure Whymper, les salons de San-Francisco soutiendraient avantageusement la comparaison avec ceux de New-York, où l’aristocratie de la bière et du pétrole commence à tenir une place démesurée et. injustifiable. Dans les districts de campagne, il n’est pas rare de rencontrer de gracieuses maîtresses de maison qui, après avoir, pendant le jour, surveillé la laiterie, présidé aux travaux du jardinage, viennent, le soir, charmer leurs hôtes pat d'excellente musique, ou causer avec eux liltérature el poësié.
Les modes de Paris dominent à San-Francisco et la rue de Montgomery ressemble au boulevard des Italiens ou aux avenues du bois de Boulogne. Une chose néanmoins surprend l'étranger : c’est de voir par les plus beaux aprèsmidi les dames déployer un luxe de fourrures qui semble fort insolite sous un ciel aussi chaud, Mais la température est extrêmement variable; presque chaque soir, surtout en
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