LES MASSACRES DE BUTE
au moyen du câble. Tous purent gagner la côte; s'étant procuré une barque, ils arrivèrent à Nanaimo, d’où le paquebot des dépêches les conduisit à Victoria.
« Le jour même de l'attaque, M. Waddington campait avec
.deux de ses agents à peu de distance du lieu où travaillaient
les ouvriers. S’étant levés de bonne heure, tous trois marquaient avec la hache les arbres qui devaient être abattus pour faire place à la route que l’on ouvrait, quand ils furent vernés et massacrés sans avoir pu se défsndre. On dit — chose horrible — que les Hidiens se gorgèrent du sang des victimes, qu’ils arrachèrent le cœur de l’une d'elles et le mangèrent !
« Ces affreux détails avaient bien de quoi me faire frissonner, moi qui m'étais trouvé en compagnie de ces malheureux, qui avais reposé sous le même toit, et qui ne les avais quittés que le 98 avril, deux jours avant le sauvage attentat. L'âme pleine d'émotion, je remerciai la Providence de m'’avoir si visiblement protégé.
« Les Tchilicotes étaient pourvus d’armes à feu. Comment avaient-ils pu se les procurer? Je sus plus tard que des fusils expédiés pour la défense du campement avaient été remis aux indigènes en récompense de divers offices; ainsi, les Européens avaient élé tués avec leurs propres armes. En outre, quoique la station fût abondamment pourvue de carabines, les ouvriers n'avaient, en ce moment, sous la main que deux revolvers. Mais il ne leur eût servi à rien d’être mieux pourvus : l'attaque avait été si soudaine qu’ils n'auraient pu opposer aucune résistance. L’apparente sincérité des indigènes, leurs démonstrations d'amitié, avaient fait naître une sécurité fatale. Nul œil, si soupçonneux qu’il fût, n'aurait découvert dans leur conduite le moindre motif d'alarme; je voyageais moi-même au milieu d'eux complètement désarmé, mais le massacre de Bute fut ure leçon dont je gardai longtemps le souvenir. Depuis ce temps, je ne me suis jamais sé-
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paré de mon fidèle revolver, et j’ai reconnu que cette arme inspirait presque toujours aux Indiens un salutaire respect. »
Là ne devait point s’arrèter la sanglante tragédie.
Trois semaines après, un convoi protégé par une escorte nombreuse et dirigé par un colon nommé Mac Donald, se rendait de New-Aberdeen au fort Alexandria, près du fleuve Fraser. Quarante-deux mules portaient des marchandises évaluées ensemble à 20 ou 25 000 francs. À 100 kilomètres environ de la rivière Bentick, le convoi fut attaqué par une troupe de Tchilicotes et de Tatlas. Toute l’escorte, y compris Mac Donald, fut assassinée, à l'exception de deux hommes; les mules et leur chargement furent enlevés.
Ces évènemerts produisirent à Victoria une sensation profonde; beaucoup de colons avaient des parents ou des amis qui vivaient dans les habitations isolées au milieu des bois et qui pouvaient être victimes de semblables attaques. Chacun déplorait la fin lamentable de M. Waddington et regardait sa mort comme une calamité publique. Il méritait bien les regrets donnés à sa mémoire, car c'était à ses frais et dans le but d’activer la colonisation qu’ilavait entrepris la route dont il conduisait les travaux avec une rare habileté.
En de pareilles circonstances, le gouverneur devait prendre des mesures énergiques. Un corps de soldats de marine, renforcé par des volontaires et des Indiens amis, fut envoyé pour venger les victimes. Le gouverneur dirigea lui-même les recherches. Quelques-uns seulement des indigènes qui avaient trempé dans le massacre furent arrêtés, puis jugés en bonne forme et pendus. Parmi eux se trouvait le vieux chef Tellot qui avait guidé Whymper au grand glacier. Interrogé sur les motifs de sa haine contre les Européens, il répondit que la route projetée ccupait les terrains de chasse des indigènes et que les anciens de la tribu avaient résolu de ne pas laisser envahir le pays par les visages pâles.
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